Opinions Une opinion de Dorothée Klein (*), au nom des Femmes CDH.

Les quotas ont certes permis de réduire les inégalités entre les femmes et les hommes, mais pas de tuer le machisme qui reste bien vivant à tous les échelons de la société. En politique, on n’est pas chez les bisounours. Toute personne qui s’y engage le sait ou l’apprend vite à ses dépens. Mais les déboires actuels de la ministre de l’Education, Joëlle Milquet, qui s’inscrivent à la suite d’autres polémiques la concernant, ainsi que plusieurs de ses coreligionnaires, démontrent à quel point la vie politique est dure pour les femmes.

C’est d’autant plus tangible qu’elles accèdent aux sphères les plus hautes du pouvoir. L’acharnement médiatique qui leur est réservé n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est sans doute dans le saint des saints, dans les joutes verbales au "kern" (conseil ministériel restreint) ou dans les caucus aux sommets des partis politiques que les coups peuvent être les plus bas.

Tous les hommes compétents ?

En réalité, la verve médiatique à l’égard des femmes révèle surtout le sexisme ambiant. Les quotas ont certes permis de réduire les inégalités là où ils ont été imposés, mais pas de tuer le machisme qui reste bien vivant à tous les échelons de la société. Donc, Joëlle Milquet serait incorrigible, comme d’autres, ailleurs ou en d’autres temps, ont été jugées hystériques, incompétentes, ridiculisées pour un motif ou un autre.

Certes, il ne s’agit pas de faire des femmes politiques des saintes ni des martyres. Aucune femme politique ne peut affirmer qu’elle n’a jamais commis d’erreur, de maladresse… Mais qui peut affirmer que les hommes politiques sont tous compétents ? Sont-ils pour autant brocardés dans la même mesure ? A la différence des hommes politiques, les attaques qui touchent les femmes sont plus personnelles, dénigrantes, portant davantage sur la forme, la manière, que sur leurs idées, leur action, bref, sur le fond.

Ainsi, du côté francophone, les critiques sont nombreuses à l’encontre des ministres fédéraux de l’Intérieur, de l’Asile et de l’Immigration… Mais il s’agit de divergences idéologiques, sur le fond, non sur les personnes.

Tout se passe comme si les critiques qui visent les femmes étaient d’autant plus appréciées et percutantes qu’elles contribuent à les faire passer pour des… gourdes, futiles, pas maîtresses d’elles-mêmes. Et c’est là que le sexisme apparaît. La progression constante des femmes dans les hautes écoles et les universités, sur le marché du travail… a contribué, dans nos sociétés occidentales, au "gender blind" (aveuglement sexiste) : pour le commun des mortels, les femmes seraient partout et il n’y aurait plus de problème d’inégalité. Il ne s’agit évidemment que d’une illusion.

Pas de gâchis

Pour ne prendre que quelques exemples, les femmes continuent à être massivement les victimes des violences conjugales les plus graves; l’écart salarial reste de 9 % sur base horaire, 22 % sur base annuelle en Belgique... Et combien de femmes peuvent affirmer qu’elles n’ont jamais essuyé d’injures ou de comportements sexistes ? C’est pour cela que nous, femmes, réaffirmons tout notre soutien aux femmes politiques.

Nous dénonçons toute action ou tout propos qui viseraient consciemment ou non à les déstabiliser, à décourager leur combat politique ou leurs prises de parole publiques. Faut-il rappeler que depuis plusieurs décennies déjà les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans l’enseignement supérieur et qu’elles y réussissent mieux ?

Se passer de leurs compétences, dans les sphères du pouvoir comme ailleurs, serait un énorme gâchis, certes, pour les femmes, mais plus encore pour l’ensemble de la société.


(*) Dorothée Klein est aussi l'ancienne porte-parole de Joëlle Milquet