Opinions
Une chronique de Jan De Troyer.


Aussi incroyable que cela puisse paraître, le Flamand moyen est plus belgiciste que le Wallon.

Le jeudi avant le référendum sur l’indépendance de la Catalogne, le drapeau catalan flottait sur le toit du quartier général de la N-VA, rue Royale à Bruxelles. Deux jours plus tôt, le président du parlement flamand, Jan Peumans, avait accueilli sa consœur catalane, Carme Forcadell i Lluis, avec ces mots : "Avui som tots Catalans !" (Aujourd’hui, nous sommes tous des Catalans). Comme partout en Europe, les récents événements à Barcelone ont été suivis attentivement en Flandre. Et on peut comprendre l’importance particulière accordée par la N-VA au référendum. Beaucoup de Flamands établiront des parallèles entre ce qui se passe en Catalogne et l’histoire de l’émancipation flamande dans un Etat belge longtemps dominé par une élite francophone.

Il faut donc supposer que la sympathie pour les indépendantistes catalans en Belgique francophone se base sur d’autres arguments historiques, notamment l’héritage symbolique d’une Catalogne républicaine, laïque et progressiste, qui a été à la pointe de la lutte contre la dictature du général Franco. La réaction de Madrid au référendum catalan, marquée par un autoritarisme qui n’aurait pas déplu au caudillo, a donc provoqué une fausse apparence de consensus belgo-belge sur le droit des Catalans à disposer d’eux-mêmes et à voter leur indépendance.

Hisser le drapeau catalan a essentiellement permis à la N-VA de faire oublier au plus vite les déclarations du député fédéral Hendrik Vuye qui a quitté la N-VA pour cause de mollesse communautaire, estimant que son ancien parti était devenu "belgicain". M. Vuye reproche aussi à la N-VA de reléguer les thèmes communautaires à l’arrière-plan à l’aube des élections qui se profilent à l’horizon. Pour le reste, cette action a toute la théâtralité requise de nos jours par la communication médiatique. En réalité, la situation à Barcelone n’a rien à voir avec celle de la Flandre et si la Flandre décide demain d’organiser un référendum sur son indépendance, personne ne pourrait imaginer que les bureaux de Geert Bourgeois à la place des Martyrs seraient occupés par la police fédérale.

Un tel référendum ne serait d’ailleurs pas la meilleure idée des indépendantistes flamands, puisqu’il ne ferait que démontrer que la majorité des Flamands ne veut pas de cette fameuse indépendance. Cela dit, un certain nombre de francophones continueront probablement à vivre éternellement dans la crainte d’une Flandre indépendante. Tout comme ils soupçonneront tous les Flamands de garder précieusement dans un placard bien caché le même uniforme que celui dont certains écologistes ont cru bon d’affubler Theo Francken.

Aussi incroyable que cela puisse paraître pour ces francophones, le Flamand moyen est actuellement plus belgiciste que le Wallon. C’est de toute façon ce qui ressort d’un livre publié aux éditions Manteau par Jan Callebaut, reconnu en Flandre comme une autorité sur le plan du marketing politique. Son institut de sondage, WHY5, a interrogé un grand nombre de Belges sur la manière dont ils voient leur pays. Dans ce livre, qui porte le titre "Het merk België" (la marque Belgique), on découvre que c’est aujourd’hui le Sud du pays qui se dissocie le plus du projet belge actuel. Les Flamands, par contre, se sentent de plus en plus privilégiés de vivre en Belgique.

Si les Flamands ont pendant longtemps eu le sentiment d’être dominés par une minorité francophone, selon Jan Callebaut, c’est aujourd’hui au Sud qu’on se sent à la merci du Nord, même si le gouvernement est dirigé par un francophone. Dans l’état actuel des choses, les Flamands ont donc redécouvert la plus-value de la Belgique. Et il n’est donc pas si étonnant que ça d’entendre la N-VA dire que pour les prochaines élections en 2019, les thèmes abordés seront socio-économiques et non communautaires.