Les mercredis sans pub : un bol d’air

Publié le - Mis à jour le

Opinions

Ce constat n’aura pas échappé aux téléspectateurs et auditeurs attentifs de la RTBF : au cours des dernières années, la pression publicitaire y a fortement augmenté. En effet, le gouvernement de la Communauté française autorisait dès 2007 l’augmentation du plafond publicitaire de la RTBF, le faisant passer de 25 à 30 % de son budget.

Dans le même temps, il permettait l’utilisation de l’écran partagé (1) pour la publicité. Puis, en 2009, ce fut l’autorisation du placement de produit (2), de la deuxième coupure durant les films et de la publicité pour les médicaments sans prescription. Tant et si bien qu’aujourd’hui, la pub est omniprésente sur notre service public. Certains diront que cette évolution était indispensable. Toutefois, il apparaît évident que l’on a désormais atteint un plafond. Plus que jamais, nous avons besoin de pouvoir prendre du recul par rapport à la place de la publicité dans notre quotidien : c’est pourquoi nous demandons l’instauration des "mercredis sans pubs" à la RTBF.

Cette idée nouvelle est simple sur son principe : nous demandons qu’un jour entier par semaine, le mercredi en l’occurrence, il n’y ait ni pub ni sponsoring sur les ondes et les chaînes du service public. Pourquoi le mercredi ? Tout d’abord, il s’agit d’une journée potentiellement très suivie par la jeunesse, public à préserver a priori des méfaits de la publicité. Ensuite, c’est une journée habituellement consacrée aux magazines d’information et de société, comme Questions à La une; autant d’émissions qui gagneraient à être libérées de toute pression publicitaire. Enfin et surtout, ces mercredis constitueraient "un bol d’oxygène", permettant de stimuler une réflexion sur la place de la publicité dans l’espace public, notamment par l’entremise de programmes d’éducation aux médias qui pourraient prendre la place laissée vacante par la pub.

Mais comment financer une telle mesure ? La première piste, la plus évidente, serait d’augmenter la dotation publique annuelle de la RTBF : en effet, celle-ci reçoit près de 200 millions d’euros par an, contre 293 millions pour la VRT. Cependant, nous sommes conscients des difficultés financières actuelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et certainement pas en faveur d’une folie dépensière. C’est pourquoi nous proposons plusieurs alternatives concrètes.

Premièrement : nous demandons que des mesures spécifiques soient mises en place dans le contrat de gestion, afin que la dotation publique ne serve qu’à financer les missions de service public. Deuxièmement : nous proposons que les programmes d’éducation aux médias soient soutenus par la Loterie Nationale, sous certaines conditions strictes. Troisièmement : nous suggérons que soient envisagées des pistes de financement alternatives, non reprises dans l’étude Deloitte : par exemple, l’idée que les dépenses publicitaires des sociétés ne fassent plus l’objet d’une exonération fiscale à 100 %, ce qui permettrait de mieux financer VRT et RTBF.

En instaurant ces mercredis sans pub, nous pensons que la RTBF pourrait retrouver une dynamique qui lui fait aujourd’hui parfois défaut. La chaîne publique ne peut, en effet, se contenter de suivre ses concurrents : elle doit pouvoir innover, en misant davantage sur l’interactivité avec les téléspectateurs et auditeurs. Oui, nous pensons que la RTBF doit être différente, car c’est uniquement de cette manière qu’elle pourra vraiment (re)conquérir son public.

(1)Ecran partagé : fenêtre publicitaire avant le début d’une émission (JT, Studio 1, ) ou au moment des génériques de film. (2)Placement de produit : publicité détournée pour mettre en avant un produit dans une émission. (*)Le Conseil de la Jeunesse organise une table ronde sur le thème "des mercredis sans pub" ce vendredi 25 mai à 15h à la Communauté française. Infos : 02.413.29.30; conseil.jeunesse@cfwb.be

Joachim WACQUEZ

Pour le Conseil de la Jeunesse (*)

Publicité clickBoxBanner