Les MOOC ou la réinvention de l’enseignement

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Opinions

Quand, en juin 2013, la direction de l’école Centrale Paris m’a demandé de faire un MOOC basé sur mon cours de philosophie appliquée aux entreprises, j’ai dit oui. Je n’avais jamais entendu parler de MOOC et je ne savais pas que cela voulait dire "Massive Online Open Course" (1). Mais j’ai dit oui, parce que cela participait du futur de l’enseignement, et que ma passion pour la pédagogie y trouverait certainement de nouveaux horizons.

La surprise fut grande, et je n’en suis pas encore arrivé au bout. Ce ne sont pas quelques concepts inédits que j’ai commencé à découvrir, mais bien un tout nouvel univers qui va à terme bouleverser complètement la vie des écoles et des universités, un "tsunami numérique", comme le dit un livre récemment paru en France.

J’ai d’abord fait la connaissance de Coursera, une start-up née à Stanford qui a levé des dizaines de millions de dollars pour devenir le leader des MOOC. Des centaines de professeurs sont déjà présents. Coursera m’invitait à en être un supplémentaire et à participer à leur congrès en août !

J’ai aussi réalisé que Coursera n’était pas seul. EDX, par exemple, avec qui l’UCL a maintenant des accords, se pose en concurrent même s’il ne s’agit pas là d’une entreprise privée, mais d’une initiative de Harvard et du MIT (2). EDX est officiellement "sans but lucratif", ce qui fait un peu sourire quand on connaît le luxe des deux universités de la banlieue chic de Boston.

Tout à coup, j’ai compris que je devrais enregistrer quarante-deux vidéos par groupe de sept, en anglais, pour un total de cinq heures ! Chaque session devait en plus être accompagnée d’exercices. La préparation fut un très gros travail, elle nécessita de repenser et redécouper tout mon cours, d’inventer de nouvelles illustrations pour être libre de droits, etc. Et puis j’ai passé trois jours entiers en studio avec une équipe de professionnels, face à une caméra qui n’avait sans doute jamais entendu parler en même temps de Platon et de vision stratégique.

Coursera semble penser à tout. Des algorithmes sont petit à petit mis au point pour corriger les examens. Soit les élèves s’évaluent aléatoirement les uns les autres, soit des professeurs corrigent quelques centaines d’examens et initialisent ainsi un logiciel qui corrige automatiquement la suite. Coursera vend déjà aujourd’hui des certificats, demain délivrera des diplômes… et se constitue un gigantesque réservoir de CV !

On se dirige vers le "flipped classroom". Un jour les élèves feront à la maison ce que nous faisions à l’école, c’est-à-dire écouter un professeur, et feront à l’école ce que nous faisions à la maison, c’est-à-dire les devoirs et les leçons. Les professeurs devront se réinventer, car aujourd’hui ce sont les élèves qui les choisissent.

Ce lundi 14 avril, mon MOOC (3) sera ouvert. J’ai plus de 50 000 inscrits venus du monde entier pour m’accompagner six lundis consécutifs, par groupe de sept vidéos. A Centrale, une personne est chargée de lire ce qui se passe sur le forum. Advienne que Coursera !

La suite de l’aventure risque de me demander plus de travail encore. A la rentrée prochaine, par exemple, je donnerai cours à des élèves qui seront supposés avoir vu mon cours… Je ne vois pas comment je vais faire. Cela qui semble bien être dans l’esprit des MOOC, car on ne sait pas où on va, mais tout le monde y va !

(1) CLOM selon la terminologie française officielle : Cours en ligne ouvert aux masses (NdlR)

(2) Massachusetts Institute of Technology.

(3) Il est intitulé "La stratégie : ce que les managers peuvent apprendre des grands philosophes" (NdlR).

Luc de Brabandere

Mathématicien et philosophe. Professeur à Centrale Paris et à Louvain School of Management.

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