Opinions

Professeur de sciences politiques à l'Institut des droits de l'homme de l'université catholique de Lyon.

Cette année 2007 a été riche en surprises : option pour la démocratie et poussée du nationalisme identitaire et religieux, deux idées qui s'inscrivent dans l'esprit du temps. On assiste en effet à un retour de la nation et des religions en Europe, basé sur l'identité culturelle et linguistique et on va jusqu'à créer des ministères de l'Identité nationale comme en France. Aux Etats-Unis, "Dieu s'invite dans le débat entre les candidats à l'investiture républicaine", titrait "Le Monde" du 7 juin 2007.

Nous vivons une époque qui se caractérise par un réveil des peuples. Le nationalisme qui la détermine est perçu omme l'instrument d'une nouvelle quête de reconnaissance pour des peuples et des communautés en mal d'identité. Il s'alimente du sol et de la géographie, s'abreuve de l'histoire, s'irrigue de langue, se nourrit de passé national, voire de légendes et de mythes, tous nécessaires à sa structuration. Qui plus est, son empreinte enveloppe, pénètre et inspire les praxis politiques ouvrant la voie y compris aux manipulations. Mais le nationalisme est polysémique. Pour certains, le territoire suffit à tout, dans la mesure où il modèle son occupant et lui infuse sa volonté. D'aucuns mettent l'accent sur la religion, facteur on ne peut plus actuel. Mais un grand nombre privilégie la langue avec ses frontières, comme ciment d'unité nationale, au fondement même de l'appartenance.

On observe que les nations résistent aux projets d'union qui transcendent les Etats et comme si l'on s'était peiné pour rien. La Catalogne et le Québec se voient reconnaître des droits collectifs et la qualité de "nation" au sein de l'Espagne et du Canada. Le pays basque espagnol s'affiche indépendantiste et son président Juan José Ibarretxe a annoncé un referendum sur l'autodétermination le 25 octobre 2008. Les forces nationalistes et régionalistes progressent un peu partout. L'unité de la Belgique est désormais à l'ordre du jour, tiraillée entre Wallons et Flamands. Les élections législatives du 10 juin 2007 ont rendu la situation encore plus complexe et l'autonomisme régional davantage accentué, auquel se heurte la formation du gouvernement belge. L'Ecosse a voté pour les indépendantistes du Scottish National Party (SNP) le 4 mai 2007, qui devient désormais la première formation politique au Parlement d'Edimbourg. L'Ukraine a une identité écartelée et ses élections réservent toujours des surprises comme celles qui se sont déroulées ce 30 septembre. Les problèmes abkhaze et ossète sont loin d'être réglés en Géorgie, ainsi que celui de Transnistrie en Moldavie. Le conflit du Haut-Karabagh entre l'Arménie et l'Azerbaidjan est gelé. Un parti d'obédience orthodoxe radicale (Laikos orthodoxos synagermos) (1) a fait son entrée au Parlement grec en obtenant pour la première fois dix députés lors des élections législatives du 16 septembre 2007.

Quant à la Serbie - soutenue par la Russie -, elle s'oppose aux Occidentaux sur l'indépendance du Kosovo. Son Eglise orthodoxe a rejeté le plan onusien de Martti Ahtisaari concernant l'avenir politique de ce territoire, qu'elle considère comme le centre et le siège historique de la culture serbe, sa "Terre Sainte". La Russie reproche aux Occidentaux d'agir pour préparer de façon "unilatérale" l'indépendance du Kosovo et juge leur approche "inacceptable". D'ailleurs, lors de la visite du président américain George W. Bush en Albanie, le 11 juin 2007, il a déclaré à Tirana qu'il refusait "un dialogue sans fin" avec la Russie sur l'indépendance du Kosovo : "La question est de savoir si on aura un dialogue sans fin sur un sujet sur lequel nous avons déjà pris une décision. Nous pensons que le Kosovo doit être indépendant." S'adressant aux Albanais, il a ajouté non sans intérêt stratégique : "Vous devez dire : ça suffit, le Kosovo est indépendant." Pour leur part, les Albanais du Kosovo tiennent à l'indépendance de leur province (2). Deux Etats souverains ou une autonomie substantielle du Kosovo à l'intérieur de la Serbie ? Aussi est-on dans l'impasse.

Cela montre à l'évidence que le monde est avide de fondements identitaires et que la démocratie, pour être solide, a toujours besoin de se concilier avec les traditions des peuples. Mais le nationalisme a deux facettes. Il peut être dangereux quand il devient exclusif, rejetant tout ce qui n'est pas de son terroir.

1. Rassemblement populaire orthodoxe (LAOS).

2.Voir Jean-Arnault Dérens, "Kosovo. Quand l'indépendance viendra...", "La Libre Belgique", 18/06/2007.