Opinions

Ils ont cru que leurs réseaux financiers étaient à l'abri, que leurs sanctuaires les protégeraient et que le monde n'aurait pas le courage de lutter contre eux. Erreur sur toute la ligne! (1)

DONALD H. RUMSFELD. Secrétaire à la Défense des Etats-Unis d'Amérique

Cette semaine, les Etats-Unis et le monde prennent le temps de se souvenir des attaques du 11 septembre - les victimes innocentes, les héros inattendus, les courageux survivants, et les centaines de millions d'Américains dont l'unité et la détermination face à une agression sans précédent ont une nouvelle fois illustré ce qu'était l'esprit de l'Amérique.

Nous nous souvenons que le 11 septembre ne fut pas seulement une attaque contre les Etats-Unis, mais contre tous ceux qui dans le monde croient en la liberté, sont adeptes de la tolérance, et défendent les inaliénables droits de l'homme. Ces idéaux sont l'antithèse du terrorisme, qui cherche à intimider, subjuguer, et dominer les hommes et les femmes par la peur et la violence.

L'histoire du terrorisme est longue. Ce n'est pas un phénomène nouveau, comme de nombreux pays le savent. Mais ce qui est nouveau, c'est l'ampleur que les terroristes sont prêts à donner à leurs crimes pour qu'ils causent un nombre de victimes toujours plus grand. Ce qui est nouveau, comme nous l'avons vu en Afghanistan, c'est la capacité qu'a une organisation terroriste de prendre le contrôle d'un pays, de l'occuper, de détruire sa culture, et d'en opprimer sa population. Ce qui est également nouveau, c'est le lien entre les réseaux terroristes, les états terroristes, et les armes de destruction massive. Ce lien, combiné avec la technologie des missiles, peut transformer un petit pays, un pays pauvre, ou même un petit groupe d'individus, en un redoutable adversaire. Dans un monde où la nature globale de la finance, des communications, et des transports permettent même à des organisations ou individus isolés d'avoir un impact global, le terrorisme représente un potentiel de déstabilisation sans précédent.

Telle est la nature du terrorisme aujourd'hui. C'est une menace que nous ne pouvons ignorer et que nous ne pouvons laisser dominer notre futur.

L'année dernière, reconnaissant l'effroyable potentiel du terrorisme, le président Bush lui a déclaré la guerre - pas seulement contre ceux qui avaient commis l'innommable le 11 septembre, mais contre tous les terroristes, leurs organisations, et leurs sponsors partout dans le monde.

Ce fut une décision que les citoyens américains approuvèrent et qui reconnaissait le rôle et la responsabilité des Etats-Unis. Et du monde entier, des pays se sont joints à nous. A ce jour, 90 pays - presque la moitié des pays du globe - ont choisi le camp de la liberté, bloquant les avoirs des terroristes, partageant des renseignements, fournissant du transport aérien, déminant, et engageant des troupes - et certains en ont déjà payé le prix ultime.

Bien entendu, il y en a qui demandent si une telle guerre est nécessaire. Ils espèrent, contre toute évidence du contraire, que les terroristes ne soient pas nombreux, que la menace ne soit pas si grande, que les attaques n'augmentent pas en nombre et en intensité, que les armes que les terroristes utiliseront dans le futur ne soient pas plus effroyables encore, et que la diplomatie - ou pire encore, la conciliation - nous mettra à l'abri, alors que cela a déjà échoué.

Toutes les indications montrent que, au contraire, les conséquences de l'inaction face au terrorisme sont bien plus terribles que l'action, même si l'action signifie la guerre.

Il y a certaines choses qui ne font aucun doute. Nous savons que les armes de destruction massive portent malheureusement bien leur nom. Nous savons que nous vivons dans un monde où ces armes non seulement existent mais où elles prolifèrent. Nous savons qu'il y a des Etats terroristes qui possèdent ces armes de destruction massive et d'autres qui cherchent activement à les produire ou à les acquérir. Nous savons que ces pays ont des relations avec des groupes et réseaux terroristes. Et nous savons que des groupes ou des Etats terroristes n'auraient pas la moindre hésitation à utiliser ces armes de destruction massive s'ils le jugeaient dans leur intérêt.

Nous savons aussi que les armes de destruction massive peuvent être fabriquées en secret et déployées sans avertissement, ne laissant au pays qui en est la cible que peu de temps pour s'en rendre compte ou formuler une réponse.

Avec un tel risque et une marge d'erreur aussi réduite, quelle est l'attitude responsable pour les pays libres? Devons-nous attendre que des milliers ou des dizaines de milliers d'innocents perdent la vie, ou devons-nous agir en légitime défense pour empêcher de telles attaques?

Le 11 septembre, les terroristes qui ont frappé les Etats-Unis ont réussi une opération extrêmement complexe et parfaitement minutée mais, en dépit de leur précision, ils ont fait une énorme erreur de calcul. Ils ont cru que les Américains allaient se cacher et que le gouvernement des Etats-Unis n'allait pas entreprendre de répondre à ces actes odieux en utilisant tous les moyens diplomatiques, économiques, financiers, et militaires dont il dispose. Les terroristes ont cru que leurs réseaux financiers étaient à l'abri, que leurs sanctuaires les protégeraient, et que le monde n'aurait pas le courage d'entreprendre une telle lutte.

Ils avaient tort sur toute la ligne.

(1) Titre et sous-titre sont de la rédaction. Le titre original est `Message et Souvenir du 11 septembre´

© La Libre Belgique 2002