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Depuis la fin de la guerre froide, la menace a changé. Les alliances nouées entre les pays aussi. Celles qu'élaborent les Etats-Unis seront plus cruciales que jamais.

Secrétaire américain à la Défense

En 1970, je me rendis en Egypte avec une délégation représentant les Etats-Unis pour assister aux funérailles du président Gamal Abdel Nasser. A cette époque, l'Egypte s'alignait de près sur les positions de l'Union soviétique. Quand nous sommes arrivés au Caire, il me semblait pouvoir constater la présence soviétique où que nous regardions, par la présence de chars, de missiles et de troupes soviétiques.

Durant ma visite, nous devions rencontrer Anouar Sadate. Dans notre délégation, personne ne savait à quoi s'attendre, étant donné les relations difficiles entre nos deux pays à l'époque. A notre grande surprise, M.Sadate nous a appris qu'il avait en fait beaucoup de respect pour les Etats-Unis. La raison? Alors qu'il était jeune officier, il avait visité notre pays et en avait tiré une excellente expérience.

Dans les deux années qui suivirent sa prise de pouvoir, M. Sadate expulsa en effet les Soviétiques d'Egypte et commença à construire une amitié avec les Etats-Unis qui, en dépit de toutes les difficultés et différences épisodiques rencontrées, s'est révélée depuis importante et précieuse.

Si je mentionne l'importance de ces relations militaires, c'est parce que les Etats-Unis subissent, en ce nouveau siècle, une transformation significative de ses positions et partenariats militaires partout dans le monde: les ajustements nécessaires, et les menaces, sont basés sur de nouvelles réalités qui ont émergé depuis la fin de la guerre froide. Il est important de noter que depuis 2001, les Etats-Unis ont probablement accompli un plus grand nombre de choses, de manière plus constructive et dans un plus grand nombre de pays qu'à tout autre moment dans son histoire.

Dans le sillage du 11 septembre 2001 et des attaques terroristes, le président George W. Bush a aidé à conceptualiser et à diriger la plus grande coalition de l'histoire - une coalition de plus de 80 pays - pour lutter au niveau mondial contre le terrorisme. En outre, près de 60 pays coopèrent actuellement au développement de la sécurité pour empêcher que des armes et du matériel dangereux ne soient acheminés vers des terroristes ou des régimes récalcitrants.

Il a fallu repenser la structure et le rôle de nos alliances militaires traditionnelles, notamment l'Organisation du Traité de l'Atlantique nord (Otan), qui a mis en place une nouvelle force d'intervention et est sortie pour la première fois des frontières européennes à l'occasion de l'intervention de la Force internationale d'assistance et de sécurité envoyée en Afghanistan.

Aujourd'hui, notre attention se porte sur l'Irak et l'Afghanistan. Mais, dans les années à venir, nos priorités changeront. Et ce que nous serons peut-être amenés à faire à l'avenir sera probablement déterminé par les choix que feront d'autres entités.

Prenons l'exemple de la Russie, un pays aux vastes ressources naturelles, avec un peuple éduqué et un riche héritage de réalisations scientifiques et culturelles. Les Russes sont, tout comme les Américains et d'autres dans le monde, menacés par un extrémisme violent. La Russie est le partenaire des Etats-Unis en matière de sécurité et nos relations, dans l'ensemble, sont bien meilleures qu'elles ne l'ont été depuis des décennies. Mais, par certains côtés, la Russie s'est montrée peu coopérante - en utilisant ses ressources énergétiques comme une arme politique, par exemple, et par sa résistance aux changements politiques positifs se produisant chez ses voisins.

Il en va de même pour la Chine. Le peuple chinois est éduqué et talentueux et son pays possède un grand potentiel grâce à ses taux de croissance économique élevés et sa main-d'oeuvre industrieuse. Certains aspects de l'attitude chinoise restent cependant dérangeants et compliquent nos relations. L'an dernier, un rapport produit par le département américain de la Défense remarquait que les dépenses militaires de la Chine semblaient bien supérieures à ce que reconnaissait le gouvernement chinois. Ceci, associé à un manque de transparence notoire, inquiète bien entendu les voisins de la Chine.

Outre les positions de ces pays et d'autres, les nouveaux choix américains seront un facteur important dans la détermination de l'avenir auquel il faudra faire face. Parfois, le public américain s'est opposé à l'idée de jouer un rôle actif dans le monde, de répondre à nos engagements envers nos alliés et à la défense de la liberté. Au début des années 70, j'étais ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'Otan, et je me souviens avoir dû rentrer pour témoigner devant le Congrès contre une proposition de loi qui aurait permis de supprimer les troupes américaines en Europe de l'Ouest et dans l'Otan, au moment même où l'Union soviétique développait massivement sa présence militaire. Aujourd'hui, les pays qui appartenaient au Pacte de Varsovie, ainsi que certaines républiques anciennement soviétiques - des pays que nous appelions «captifs» alors - sont membres à part entière de l'Otan et certains sont devenus nos alliés les plus convaincus dans la lutte contre le terrorisme.

Cela ne s'est pas produit par accident ou par hasard. Quand je considère notre avenir, je suis convaincu que si nous avons le courage, la sagesse et la force d'ajuster nos stratégies à long terme pour coopérer avec de nouveaux partenaires et surtout persévérer face à l'adversité et les difficultés, nous remporterons une victoire similaire dans cette «longue lutte» contre la violence des extrémistes et d'autres menaces qui pourraient émerger dans ce nouveau siècle plein d'incertitudes.

Project Syndicate et The Council on Foreign Relations, 2006; Web www.project-syndicate.org

Traduit de l'anglais par Catherine Merlen.

© La Libre Belgique 2006