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C'est parce qu'elle se célèbre chaque année, au sortir de l'hiver, entre le 22 mars et le 25 avril, que la fête de Pâques est devenue pour bon nombre de nos contemporains synonyme de printemps, d'espoir et de renouveau. Cette association, pourtant, ne date pas d'aujourd'hui. En effet, si les chrétiens ont choisi cette période de l'année pour fêter la résurrection de Jésus, ce n'est pas sans raison. Une telle tradition n'aurait d'ailleurs pas vu le jour s'il n'y avait eu préalablement quelques habitudes païennes déjà bien installées.

À L'ORIGINE DU MONDE

Pour preuve: la coutume des oeufs de Pâques. Celle-ci serait, semble-t-il, bien antérieure au christianisme. On sait, en effet, que les Egyptiens et les Perses avaient pour habitude de teindre des oeufs en rouge, aux alentours du mois d'avril, et de les offrir à leurs proches pour symboliser le renouveau de la vie.

L'oeuf, on le voit, est depuis très longtemps un symbole de fertilité et de vie. Dans le Kalevala, par exemple, livre sacré des anciens finlandais, c'est de l'oeuf que naquit le monde. «La mère de l'eau, Iltamara, dormait au fond de l'océan sans rivage. Dans son sommeil, elle remua et son genou sortit de l'eau telle une île. Alors le maître de l'air tomba des cieux vides et déposa un oeuf d'or sur ce genou divin. Mais à peine effleurée, comme une ensommeillée qu'un insecte agace, la déesse frémit et, frémissant, brisa la coquille parfaite. Alors tous les morceaux se transformèrent en choses bonnes et utiles: le bas de la coquille de l'oeuf forma le firmament sublime, le dessus de la partie jaune devint le soleil rayonnant, le dessus de la partie blanche fut au ciel la lune brillante, tout débris taché de la coque fut une étoile au firmament, tout morceau foncé de la coque devint un nuage de l'air et désormais le temps avança.»

En ce qui concerne les chrétiens, la coutume de s'offrir des oeufs de couleurs a été relevée chez les coptes d'Egypte au Xe-XIIe iècles, mais les premiers textes qui font allusion à cette coutume en Europe datent du XVe-XVIe iècles et ne concernent que la région de l'Alsace.

L'opinion généralement admise rattache cependant l'origine de la coutume des oeufs à l'établissement du Carême. Dès le IVe iècle, en effet, l'Eglise interdit la consommation des oeufs durant ce temps de pénitence. Ceux-ci s'étant accumulés dans les provisions du ménage au terme des quarante jours, les chrétiens reprirent à leur compte la tradition païenne, y voyant une excellente manière de s'en débarrasser.

LE PETIT DÉJ' DES APÔTRES

C'est ainsi que naquit une légende faisant remonter à Marie-Madeleine la coutume de peindre les oeufs. Celle-ci en aurait, en effet, acheté, le matin de Pâques, pour le déjeuner des apôtres et se serait aperçu, après sa rencontre avec le Christ ressuscité, que de joie, ils avaient changé de couleur et étaient devenus rouges. Ce serait en souvenir de cet événement que l'on aurait pris l'habitude de peindre les oeufs de Pâques.

Mais alors que viennent faire les lièvres dans toute cette histoire? S'ils sont associés à la fête de Pâques eu Europe du Nord et aux Etats-Unis, c'est en raison de leur étonnante prolificité, surtout au printemps, la saison des amours. Symbole de fécondité, il est d'ailleurs l'animal fétiche d'Ostara, la déesse germanique du printemps.

Enfin, il a également une signification chrétienne: en effet, le Christ est parfois symbolisé par un lièvre, ouvrant toutes grandes ses oreilles, pour écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique.

Quant à la poule, elle fait partie des coutumes et traditions québécoises. On raconte que, le jour de Pâques, il était important de vendre les poules noires. Dans les familles, les parents coloraient les oeufs de Pâques, les déposaient dans les nids et envoyaient les enfants les ramasser. Ils leur disaient que les poules avaient, ce jour-là, le don de pondre des oeufs colorés.

© La Libre Belgique 2001