Opinions

Une donnée de plus en plus essentielle de la vie publique. Plus personne, aujourd'hui, ne peut imposer ses références. La majorité politique violette pas plus que d'autres...

Chroniqueur

Compétence universelle, discriminations, accueil de l'immigration, intégration, moralité...: pris au sens large, les problèmes éthiques demeurent une des données essentielles de la vie publique, d'autant que Verhof- stadt II tente de mettre quelques «avancées» violettes à son menu gouvernemental.

Le Centre pour l'égalité des chances a eu raison, à l'occasion de son dixième anniversaire, de rappeler que le racisme ordinaire était toujours bien présent dans la société belge : les injures que l'on échange dans les écoles, les stades et dans d'autres lieux publics ne sont pas seulement quelques épiphénomènes, le regain d'antisémitisme n'est pas (exclusivement) un phénomène d'extrême droite et le fait qu'un cortège funéraire juif se soit fait dernièrement huer depuis une cour de récréation par des jeunes issus de l'immigration maghrébine n'est pas une vétille; comme les suspicions apparues depuis le 11 septembre à l'égard de tout qui porte un nom à consonance arabe ou arbore un «faciès»méditerranéen. « Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts», disait déjà il est vrai Isaac Newton...

Le Belge et son gouvernement ont donc le devoir moral d'accueillir l'immigré, avec des signaux précis et des règles claires, tout comme il faut que ce dernier se conforme aux lois mais aussi aux préceptes de son pays d'accueil. L'intégration est indispensable mais elle ne doit pas se faire à sens unique et tous les ghettos n'ont pas nécessairement été créés par des trafiquants d'esclaves. L'Europe étant en passe de devenir une réalité dans ce domaine, il faut se garder de toute action unilatérale : la politique belge doit être celle de l'Europe, ni plus ni moins. Idem bien sûr pour notre désormais mondialement célèbre loi de compétence universelle, où la tentative médiatique de jouer cavalier seul se traduit finalement par une cuisante reculade. Bien sûr, l'ingérence pour raisons humanitaires, sociales, juridiques est un droit et un devoir, partout dans le monde. Mais notre village global n'aime pas les jeux solitaires.

Plus près de nous, l'éthique va rapidement faire l'objet de rendez-vous parlementaires particulièrement délicats. Parce que la société évolue, parce que les sciences avancent (parfois à tort et à travers...), parce que l'air du temps mélange hardiment laxisme et progrès, parce que la déliquescence du monde institutionnel chrétien fait, quoi qu'on dise, disparaître une série de balises. La loi sur l'euthanasie n'a pas encore fait l'objet d'une véritable évaluation que déjà d'aucuns veulent l'élargir et l'assouplir, en l'étendant aux jeunes et aux phases médicales non terminales, mais aussi en autorisant l'aide au suicide ou en tentant d'imposer le geste mortel à tous les praticiens de l'art de guérir au mépris de la liberté thérapeutique. Le droit familial n'est pas épargné, avec notamment ce débat sur l'adoption accessible aux couples homosexuels. La bioéthique doit faire face au sort des embryons, au clonage et même aux découvertes nouvelles sur le possible choix du sexe de l'enfant. Et des agressions récentes incitent certains à prôner l'extension de la légitime défense à la protection des biens matériels.

Dans notre société devenue pluraliste (et surtout plurielle), il est évident que plus personne ne peut imposer sa loi et ses repères au nom de ses conceptions religieuses et philosophiques. C'est aujour- d'hui à la nouvelle majorité politique violette et forcément laïque de ne pas l'oublier.

© La Libre Belgique 2003