Opinions

Une opinion de François-Xavier Druet, docteur en Philosophie et Lettres, enseignant e.r. de l’enseignement secondaire et universitaire.


Depuis pas mal d’années déjà, la pénurie d’enseignants a préoccupé, puis inquiété. Aujourd’hui, même si la panique ne s’installe pas encore, l’alarme retentit.


C’est la vie concrète des écoles qui le manifeste au jour le jour et tous les acteurs le ressentent. Des élèves se retrouvent pendant des heures « en stabulation libre » et en viennent à réclamer des cours. Des classes sont regroupées et deviennent pléthoriques, faute de remplaçants. Des parents voient leurs enfants revenir très tôt de l’école, libérés avant l’heure, faute d’effectifs. Les directeurs dilapident une énergie folle à rechercher des suppléants. Trop souvent en vain.

Vous aurez peine à le croire : il y a peu, retraité depuis sept ans, j’ai repris du service. La direction de l’école où j’ai terminé ma carrière m’a appelé à la rescousse : elle ne souhaitait pas que des élèves restent quinze jours de plus sans cours de langues anciennes. Aucun intérimaire n’était disponible. À deux retraités, nous nous sommes partagé cet horaire. Volontiers. Tout en ayant bien conscience que, pour remédier à la pénurie, pareille pratique n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois.

Les parents ont un impact sur la pénurie d'enseignants

Les idées lancées récemment par la Ministre de l’Éducation – le rappel au travail de prépensionnés volontaires et la création d’un pôle d’enseignants mobiles – sont un peu du même tonneau. L’ampleur du problème requerrait des solutions plus amples.

Les parents sont les premiers à déplorer – à juste titre – que la formation de leurs enfants ne soit pas correctement assurée. Mais ne risquent-ils pas d’en rester à ce constat de carence ? Peut-être n’ont-ils pas conscience de la puissance d’action dont ils disposent, de l’impact qu’ils exercent sur la pénurie d’enseignants. Précisons lequel.

Nombre d’enseignants fuient l’école et cherchent ailleurs un terrain d’épanouissement personnel. C’est particulièrement vrai pour les plus jeunes dont beaucoup (trop) "désertent" dans les cinq premières années de leur engagement. Quant aux filières qui préparent à enseigner, elles n’attirent plus assez de candidats pour qu’un redressement puisse s’espérer rapide.

Tous ceux-là qui renoncent n’arrivent plus à composer avec la déconsidération trop répandue dont est victime la profession. Bien sûr, les instances dirigeantes ont une responsabilité certaine en la matière, à force d’avoir préféré des automates et des serviteurs muets à des créateurs libérés et imaginatifs. Mais, dans la vie quotidienne de l’enseignant, les parents sont – heureusement – bien plus présents que les virtuoses de la pédagogie. C’est en priorité de ces premiers « clients » de l’école que l’enseignant reçoit reconnaissance et respect. Ou non.

Il faut reconnaître le rôle du professeur

Quel soutien pour un prof de se sentir coopté par les parents comme collaborateur dans la formation et l’éducation d’un jeune plutôt qu’épié comme fonctionnaire distributeur de compétences, et parfois suspecté d’incompétence. Pour ma part, de quelque quarante ans de carrière, je ne garde qu’un seul souvenir d’attitude vraiment déplacée et blessante de la part de parents. En regard, par contre, combien de signes positifs, encourageants et stimulants, donnés au fil des jours par tant d’autres. Pensaient-ils alors qu’ils luttaient ainsi contre la pénurie d’enseignants ? C’est pourtant ce qu’ils faisaient.

Vous l’avez compris. Respecter un enseignant ne signifie pas seulement s’abstenir d’agressions, physiques ou verbales. C’est reconnaître l’importance de son rôle et, autant qu’il se peut et se doit, lui faire confiance quant à la manière de l’exercer.

Tous, nous apprenons bien mieux dans la confiance ; dans la méfiance, nous piétinons ou régressons. Des parents qui voient positivement l’enseignant et l’école améliorent ipso facto la formation de leurs enfants. Ils contribuent à garder dans l’école les profs qui y sont et à y attirer des jeunes qui trouveront un écho à leur motivation. Tout le monde y gagne. Merci à tous ces recruteurs silencieux.