Les postures de Di Rupo, une insulte à notre intelligence collective

Indécent. C'est le seul mot qui me vient à l'esprit devant ce qui ne semble être rien d'autre qu'une stratégie de communication. L'attitude qui s'impose lorsqu'on est l'un des artisans de ce bain de sang social, c'est de faire profil bas. Une opinion de Zakia Khattabi, députée fédérale Ecolo.

Contribution externe
Les postures de Di Rupo, une insulte à notre intelligence collective
©Montage LaLibre

Une opinion de Zakia Khattabi, députée fédérale Ecolo.

Elio Di Rupo nous annonce qu'il a le coeur qui saigne quand il pense aux milliers d'exclus du chômage en ce début 2015. "Croyez-moi, je n'en dors pas", a-t-il affirmé mardi matin sur les ondes.

Indécent. C'est le seul mot qui me vient à l'esprit devant ce qui ne semble être rien d'autre qu'une stratégie de communication. Les états d'âme du président du PS font probablement une belle jambe aux premiers concernés, mais ils ne changent en rien la situation de grande précarité dans laquelle la réforme des allocations d'insertion les plonge. L'attitude qui s'impose lorsqu'on est l'un des artisans de ce bain de sang social, c'est de faire profil bas. Elio Di Rupo semble découvrir tardivement les effets dramatiques de ses politiques. La réforme date pourtant et, dès son adoption, l'opposition écologiste, les syndicats et bien d'autres mouvements sociaux n'ont eu de cesse de la dénoncer. Mais face à la catastrophe annoncée, notre nouvel indigné déclarait encore en février dernier, "si on fait un petit effort, même avec un travail très partiel d'un jour/semaine, on échappe totalement à cette mesure".

Dans cette interview nous apprenons aussi qu'il assume et regrette la réforme adoptée sous son gouvernement :

- il l'assume, mais précise qu'elle ferait suite à une demande 100% libérale. Etonnant. La ministre de l'emploi de l'époque Monica De Coninck, qui continue à défendre allègrement sa réforme, est bel et bien socialiste. Et par ailleurs tout le monde sait qu'une mesure qui figure noir sur blanc dans un accord de gouvernement n'a aucune chance d'aboutir si tant la ministre de tutelle que le Premier ministre y sont opposés.

- il la regrette, non qu'elle serait en soi injuste, mais bien qu'elle n'aurait pas atteint son objectif, à savoir pousser les jeunes à trouver de l'emploi. On ne peut que se demander comment il est possible d'évaluer les effets d'une politique 6 jours après son entrée en vigueur… Mais, plus, fondamentalement, le président du PS révèle ainsi qu'il adhère à l'esprit de la réforme. Or, cette mesure d'exclusion repose sur l'idée que les personnes concernées n'auraient d'autre motivation à s'activer à trouver un emploi que la crainte de la sanction, que sans cette sanction, ils se complairaient dans leur situation au lieu de travailler. C'est là bien une vision 100% libérale qui fait du chômage une question de responsabilité individuelle où "quand on veut, on peut", et non une question de responsabilité collective d'une société où il y a moins d'emplois disponibles que de chercheurs d'emploi.

Le PS se dit prêt aujourd'hui à soutenir toute mesure qui irait à rebours de cette réforme. D'un certain point de vue, le message envoyé aux citoyens est désastreux. Outre qu'assumer son revirement par l'affirmation que la politique n'atteint pas ses objectifs 6 jours après son entrée en vigueur fait insulte à notre intelligence collective, il ramène la politique à une question de postures. Ceux qui, quelques mois à peine après leur sortie de charge, sont prêts à renier les politiques qu'ils ont menées sont les premiers à déplorer ensuite la désillusion des citoyens envers la démocratie représentative et leur manque de confiance envers le monde politique.

Peut-être qu'au-delà de la stratégie de communication politique, le PS a sincèrement décidé de faire le devoir d'inventaire des reculs sociaux adoptés alors qu'il était aux affaires. Si tel est le cas, Elio Di Rupo doit approfondir son examen de conscience et rejeter l'ensemble de la politique de chasse aux chômeurs initiée en 2004 ainsi que les autres mesures de précarisation qui devraient empêcher tout progressiste de dormir.

Oui, il faut grossir le rang des contestataires de ces réformes, bienvenue camarades ! Mais il faut le faire avec sincérité et humilité. Soyons nombreux à réclamer la fin de ces mesures iniques, rassemblons-nous autour d'un objectif de rétablissement des solidarités, mais faisons-le dans le respect de l'intelligence de tous, celle des concernés en premier.

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