Opinions Tant la RTBF que les grandes radios francophones ne passent jamais de chansons en néerlandais. Mais les artistes ou producteurs flamands ne poussent pas non plus à la coopération. Appel à adoucir nos mœurs et à nous écouter davantage…

Une opinion d'Herman Boel, traducteur indépendant, auteur, blogueur De Taalfluisteraar

Au volant, je n’écoute pas toujours les mêmes radios. J’aime faire défiler la bande FM jusqu’à tomber sur une chanson sympa ou un débat intéressant. Il m’arrive ainsi souvent de m’arrêter sur des radios francophones belges. L’an dernier, je me suis rendu compte que je n’entendais jamais de titres néerlandophones sur ces radios. J’ai trouvé cela plutôt étrange, car les radios flamandes diffusent régulièrement des chansons en français, aussi bien récentes que plus anciennes.

Je me suis donc renseigné et les playlists des principales radios ont confirmé mon impression : tant la RTBF que les acteurs commerciaux de premier plan ne passent jamais de chansons en néerlandais, ni flamandes ni néerlandaises. Les titres diffusés sont principalement anglophones et francophones avec çà et là une chanson en espagnol ou en italien.

J’ai donc contacté ces radios pour connaître les raisons de ce phénomène. Une seule d’entre elles m’a répondu : Radio Nostalgie. Le Head of Music (responsable de la programmation) m’a expliqué que le public francophone ne s’intéressait pas spécialement à la musique néerlandophone, car ces artistes ne perçaient pas en Wallonie ni à Bruxelles.

Il n’a toutefois pu me présenter aucune étude démontrant ce désintérêt des francophones.

Un parfait cercle vicieux donc. Les radios ne diffusent pas de musique néerlandophone, convaincues que leurs auditeurs ne l’apprécient et ne la connaissent pas, tandis que ceux-ci ne connaissent ni ne peuvent apprécier cette musique puisqu’ils ne l’entendent pas.

Expérience à la RTBF

La publication de la version francophone de mon article à ce sujet sur le très intéressant site d’actualité Daardaar.be a attiré l’attention de la RTBF. La Première a aussitôt diffusé un titre néerlandophone et consacré quelques minutes d’antenne à la question. Mais quelle ne fut pas la déception de ceux qui espéraient que le ton serait donné… Ce fut la première et dernière chanson néerlandophone diffusée par La Première, bien que l’animateur ait déclaré qu’il serait intéressant de réitérer l’expérience. La directrice de La Première a sans aucun doute joué un rôle. Elle a laissé dire, dans l’émission, que le néerlandais ne bénéficiait pas d’une attention particulière, car il ne s’agissait pas d’une langue importante à l’échelle mondiale. Un raisonnement étonnant. La RTBF émet avant tout pour la Belgique, où le néerlandais joue assurément un rôle essentiel.

Test n°2

Au début de cette année, un an, donc après ma première étude, j’ai réitéré le test. La situation n’a nullement évolué. Aucun titre néerlandophone n’est diffusé. J’ai rédigé un nouvel article, une fois encore traduit en français par Daardaar. Cette fois, sans réaction de la RTBF, ni des autres radios d’ailleurs. A croire que le sujet n’intéresse pas.

Mais c’était sans compter les autres acteurs. Eric Cooper de la plus modeste RCF accorde, lui, régulièrement de l’attention à la musique néerlandophone, mais est confronté à d’autres problèmes. Lorsqu’il contacte des artistes ou producteurs flamands, dans 99 % des cas, il ne reçoit pas de réponse. Quand il s’adresse à des collègues journalistes/programmateurs (par exemple de Radio 2) et des écoles de communication pour leur proposer la diffusion sur RCF d’une émission consacrée à la musique néerlandophone, il n’obtient aucune réponse concrète. Seul le groupe flamand Frimout lui répond positivement.

Au-delà de nos différences

Ce manque généralisé de coopération n’arrange donc rien. Alors qu’une radio est prête à s’intéresser à la musique néerlandophone, les Flamands freinent des deux pieds.

Chacun d’entre nous se plaît à souligner à quel point il aime notre pays, nous supportons tous les Diables Rouges et nos athlètes olympiques, mais lorsqu’il s’agit de mettre cet amour en pratique et de nous accorder mutuellement de l’attention, il n’y a plus personne. On se cherche toutes sortes d’excuses, faites pour s’en servir, mais qui ne traitent pas le fond du problème.

La musique (tout comme la langue) a pourtant un excellent pouvoir fédérateur. Celui qui apprend la langue et la musique de l’autre découvre en même temps sa culture. S’il y a bien une chose que j’ai apprise de mes confrères traducteurs francophones, c’est qu’au-delà de nos différences, nous avons au moins autant de similitudes. Certains avancent que nous sommes deux démocraties distinctes et il existe effectivement de nombreux points épineux entre les communautés, mais ce n’est pas une raison pour nous rejeter complètement.

A l’instar des joueurs de foot

Nous accentuons pourtant de plus en plus le clivage, comme l’illustre l’histoire de la radiodiffusion numérique. S’il est encore possible aujourd’hui d’écouter des radios flamandes en voiture dans certaines parties de la Wallonie, ce ne sera plus le cas une fois que la radiodiffusion numérique aura entièrement remplacé les émetteurs FM. Des ministres des médias un tant soit peu intelligents en Flandre et en Wallonie auraient déjà convenu depuis longtemps d’octroyer à la RTBF quelques créneaux sur le bloc de la VRT et inversement. Mais collaborer n’est pas simple !

J’aimerais donc appeler tous les acteurs du secteur de la musique et de la radio à s’intéresser les uns aux autres. Faites en sorte que les francophones ne connaissent pas seulement le nom des joueurs néerlandophones de l’équipe de foot nationale, mais qu’ils découvrent également la musique néerlandophone. A l’inverse, attelons-nous à imiter l’initiative de Daardaar en Flandre.

Enfin, l’unité de notre pays dépend-elle de l’attention accordée par les francophones à la musique néerlandophone ? Non, bien sûr, mais il faut bien commencer quelque part. Or, la musique pourrait constituer une belle entrée en matière. Ne dit-on pas d’ailleurs qu’elle adoucit les mœurs ?


Merci à Céline Maes et Nicolas Lefèvre pour leur aide avec la version francophone de mon opinion.