Les scientifiques européens craignent pour leur financement

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C’est la crise. Le moment est venu de se réinventer. L’Union Européenne, et même la planète entière, a besoin de grandes inventions et découvertes qui puissent apporter ce changement tant espéré. La source de cette innovation, ce sont les scientifiques et les chercheurs. Mais leur financement risque d’être mis en péril lors de la confection du prochain budget européen: Horizon 2020. Qu’en est-il exactement ?

Nous disposons depuis 2007 d’un outil unique pour financer la recherche au niveau de l’UE : le Conseil de la Recherche Européenne (ERC). Celui-ci distribue des bourses à quelques scientifiques de très haut niveau ayant des projets de recherche prometteurs, et eux-mêmes peuvent alors utiliser cet argent pour se constituer une petite équipe. Plus de 3.000 scientifiques ont ainsi vu leur projet financé, avec près de 20.000 doctorants et post doctorants employés. Le succès est retentissant : deux prix Nobel en physique, une médaille Fields (la plus haute récompense en mathématique), un prix Millenium (la plus haute récompense en technologie), et des dizaines d’autres prix prestigieux. Aussi, chaque semaine au moins l’un de ces projets est cité dans les journaux scientifiques les plus lus au monde, tels que Science ou Nature.

Mais l’avenir de l’ERC n’est pas aussi prometteur. Le budget de l’Union Européenne pour les sept prochaines années sera décidé lors d’un sommet exceptionnel ces 22 et 23 novembre. L’exercice promet d’être particulièrement difficile : le paysage économique européen n’est pas radieux, et les états membres sont divisés au sujet de la hausse du budget. Côté recherche et innovation, le Parlement Européen propose une augmentation du budget alloué à la recherche de 100 milliards d’euros. La Commission Européenne propose elle 80 milliards d’euros. Cela correspond à une croissance de 6% par an pour les activités de l’ERC. Les porte-paroles de la Young Academy of Europe et de l’Initiative for Science in Europe considèrent que c’est le strict minimum nécessaire pour se maintenir à flot, mais insuffisant pour lancer de nouvelles activités. Rien de très réjouissant. Qu’en sera-t-il alors si moins de 80 milliards d’euros sont alloués ?

C’est dans ce contexte que la Young Academy of Europe et de l’Initiative for Science in Europe ont lancé ce 22 octobre vers midi une pétition pour maintenir le financement de la recherche au niveau européen. Moins de vingt-quatre heures plus tard, plus de 24.250 personnes l’avaient déjà signé, dont 10.000 dans la dernière heure. Une croissance exponentielle ! Un honnête 5% de ces signatures viennent d’ailleurs d’hors Europe : Etats-Unis, Canada, Chine, Japon, Inde, Brésil, etc. Autant dire que bien des gens se sentent en phase avec le texte proposé.

Ne faisons pas l’erreur de réduire le financement de la recherche en temps de crise. Au contraire, profitons de cette opportunité pour augmenter la compétitivité de nos scientifiques et susciter de nouvelles découvertes. C’est là que se trouve la solution.

Une opinion de Guerric de Crombrugghe, ingénieur de recherche sur les développements de véhicules spatiaux à l’Institut von Karman.

Pour lire le texte de la pétition : http://www.no-cuts-on-research.eu/

Pour en savoir plus sur :
L’European Research Council
La Young Academy of Europe
L’Initiative for Science in Europe