Opinions

Mon vieux Mohamed, il y a plus de cinquante ans qu’on se connaît et qu’on s’estime. Depuis peu, il y a entre nous quelques frictions dues aux conditions d’installation chez nous des religieux musulmans. Je dis bien "religieux". Avec les non-croyants d’origine musulmane, il n’y a jamais eu de problème. Nous, les athées, nous avons toujours fichu la paix à tout le monde et nous aimerions que les religieux en fassent autant. Toutes les religions et pas seulement les trois religions dites "du livre" (judaïsme, christianisme, islamisme) doivent être acceptées, au même titre que les divers courants philosophiques.

Mais, aucun groupe ne peut se prévaloir de privilèges : tout le monde sur le même pied. C’est la position laïque qui, c’est évident, assure la paix publique. Les religions doivent être considérées comme de simples associations de personnes ayant en commun leur croyance. Les règles définies au sein de cette association religieuse s’appliquent aux membres de cette association, et à eux seuls. Le règlement d’une association particulière ne peut en aucun cas être imposé à l’ensemble des citoyens. Or, il y a, dans les religions, une volonté de prosélytisme combattant qui vient du fait que chacune d’elles s’estime porteuse de LA vérité absolue, révélée à un prophète par un dieu détenant le pouvoir illimité.

La tentation est grande pour un groupe religieux comptant des adeptes par millions, de peser sur le pouvoir politique pour imposer des comportements collectifs inspirés par ses dogmes. Le prosélytisme est légitime et tout groupement cherche à recruter le plus possible de membres. Mais, il doit y avoir quelque part une frontière que l’on ne peut franchir par volonté totalitaire. Sinon c’en est fait de la démocratie fondée sur l’esprit de liberté et - soulignons-le dix fois - sur le respect de la minorité.

La communauté religieuse musulmane tend à (ré)instaurer chez nous une vision théocratique. C’est-à-dire le régime d’intime relation entre la religion et l’Etat. Un symbole de cette volonté est le port du voile islamique dans l’enceinte du Parlement. L’équilibre instauré par le principe laïque de la neutralité de l’Etat risque de s’effondrer. On s’engage là dans une voie dangereuse pour la paix publique. La religion doit rester en dehors de la sphère publique.

Tout de même, Mohamed, tu trouves normal le comportement islamique ? Les femmes portent leur voile librement dans la rue, dans les magasins, partout en fait. On leur demande simplement de l’enlever à l’école et dans les institutions publiques. Par respect pour nos usages à nous, leurs hôtes. Exactement comme nous enlevons nos chaussures pour pénétrer dans une mosquée. Mais l’Islam ne peut admettre que le pouvoir public s’oppose à sa volonté absolutiste. Tu conviendras que c’est un peu excessif Et, une série d’incidents rendent évidente cette volonté totalitariste: la viande halal dans les écoles, ce qui revient à l’imposer à tous, étant donné l’incompatibilité avec d’autres viandes "impures " ; exigence d’un médecin femme pour soigner une femme musulmane ; exigence d’heures différentes pour hommes et femmes dans les piscines publiques, etc .

Ce dernier point est d’une importance capitale. L’Islam ne peut admettre le principe de l’égalité de droits entre hommes et femmes, puisqu’il est contraire aux prescrits du Coran. Or, le statut inférieur de la femme procède d’un véritable "racisme religieux" En effet, le racisme consiste à affirmer que tous les individus d’un groupe sont, par nature, inférieurs à tous les individus d’un autre groupe. Dans le Coran n’importe quel homme est supérieur à toutes les femmes. Remplace "homme" par "aryen" et "femmes" par "juifs" ou "noirs" et c’est clair.

Les conséquences de cette pétition de principe sont énormes. C’est l’article de la "Déclaration universelle des droits de l’homme", relatif à l’égalité de droits qui a empêché le représentant islamiste d’Arabie saoudite de voter "oui" pour accepter cette Déclaration en 1948. Les choses n’ont pas changé aujourd’hui et les pouvoirs islamistes au plus haut niveau, ont rédigé trois textes qui doivent donner naissance à une "Déclaration universelle islamique des droits de l’homme" où l’égalité de droits est remplacée par une vague "égalité en dignité" !

Dans notre esprit, "universelle" et "islamique" s’excluent; pas pour les religieux du Coran qui visent le pouvoir sur la Terre entière. Cet esprit totalitaire islamique s’est encore révélé en commission des droits de l’homme à l’ONU où les représentants d’Etats musulmans ont obtenu le vote d’une résolution demandant aux Etats membres de considérer comme délit le "dénigrement" d’une religion. Une insidieuse limitation à la liberté d’expression. Une liberté qui est fondamentale en démocratie.

En conclusion : ceux qui s’opposent aux privilèges abusifs d’un groupe religieux ne sont pas des racistes. Les véritables racistes, Mohamed, sont ces Musulmans qui, confondant l’Etat d’Israël menant une politique guerrière pas toujours admissible et le peuple juif, et qui refont de l’antisémitisme primaire. Les Islamistes diffusent largement le livre "Les protocoles des sages de Sion", un faux historique fondamentalement antisémite .

Il y a encore d’autres points à clarifier à propos des relations entre immigrés et autochtones. La revendication de l’ "identité". Pour nous il n’y a - et ne peut y avoir - qu’une seule identité : l’Humanité. Ceux qui soulignent les différences plutôt que les ressemblances font un nationalisme ou pire un racisme arriéré. Ils font de la discrimination, de l’ostracisme en accusant les autres de "racisme".

"Multiculturalisme" ? C’est certainement enrichissant et principalement dans le domaine artistique. Mais on ne peut accepter, sous couvert de "multiculturalisme" des comportements contraires aux droits fondamentaux : mariages forcés, mutilations sexuelles, situations humiliantes des femmes devant "obéissance" aux hommes, crimes dits "d’honneur", lapidation, etc

Essayons de faire prévaloir au maximum l’esprit de tolérance. En gardant à l’esprit qu’on ne peut tolérer l’intolérance. Mettons au pas les "fondamentalistes de tous poils". Chacun fait chez soi ce qu’il veut, mais dès qu’il se trouve dans l’espace public, il respecte les dispositions qui garantissent l’égalité entre les groupes différents. Toute autre attitude mène à la concurrence, la rivalité, la lutte pour faire prévaloir, voire imposer ses règles de vie aux autres. "Paix aux hommes de bonne volonté" ! Viens, Mohamed, je lève mon verre (de vin) et lève le tien (de thé). Tchin-tchin ! A ta santé et à notre amitié !