Opinions
Une chronique de Marie Thibaut de Maisières, éditrice et auteur (ZebraBook).

Le monde change. Les islamistes ont remplacé les communistes dans les films d’espionnage, mais une chose semble bloquée dans les années cinquante : les relations avec les belles-mères, toujours pénibles. Pétrole et jupette

Hier, Juliette (faux nom pour des raisons évidentes) était en larmes. Elle rentrait de vacances passées avec sa belle-mère qui lui avait dit en regardant amoureusement son fils : "Si un jour tu n’es plus là, il ne restera pas longtemps seul !" Juliette, hébétée, l’avait fait répéter, croyant avoir mal entendu. Bien sûr, la mère de son compagnon avait voulu dire "Qu’il est beau mon fils avec son bébé dans les bras !" mais dans l’oreille de la jeune maman, cela avait donné "Quand nous laisses-tu mon fils, son enfant et moi ?"

Le monde change. En 40 ans, les islamistes ont remplacé les communistes dans les films d’espionnage, les pères ont appris à donner les biberons, les bains, à préparer le dîner, à nettoyer ou encore à écourter une réunion pour aller chercher leur petit à la crèche, mais une chose semble bloquée dans les années cinquante : les relations avec les belles-mères, qui continuent d’être pénibles.

Est-ce la faute des belles-mères ? Oui ! Et de leur demander : "Vous n’avez pas eu de belle-mère, vous ? Vous ne vous souvenez pas comme c’est irritant - alors que vous avez tenu toute la (longue) journée avec vos enfants en leur promettant un soda, pour qu’ils ne hurlent pas, qu’ils s’habillent seuls, finissent leurs légumes, disent bonjour poliment à la dame… - d’entendre quand vous le leur donnez : ‘Oulala, tout ce sucre !’" De deux choses l’une : soit vous avez une belle-fille formidable, faites-lui confiance et prenez sur vous. Soit vous avez une belle-fille toute pourrie (oui ça existe) et vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même ! Vous (et votre mari) avez mal élevé votre fils, il a fait le mauvais choix. Prenez sur vous.

Dans tous les cas, sachez, chères belles-mères, que si votre belle-fille a besoin de conseils, elle vous en fera la demande expresse. Souvent, comme elle a elle-même un compagnon (formidable, puisque c’est votre fils), un accès internet, un(e) pédiatre, des parents et des amis, elle n’a pas besoin d’un avis supplémentaire. J’ajouterai à cela, si c’est son premier, laissez-la tranquille, elle est vulnérable. Si c’est son deuxième ou plus, laissez-la tranquille, elle sait comment faire. Petit conseil minute : à chaque fois que vous avez envie de dire "Moi je ferais comme ça", dites plutôt "Tu veux que je garde les petits pendant que tu fais une sieste ?" Aussi, rappelez-vous qu’il y a trois catégories officielles de belles-mères : celles qu’on ne voit jamais, celles qu’on déteste et celles qui sont de notre côté. D’autant plus que votre fils, s’il a été bien élevé, n’a pas besoin de sa mère pour défendre son point de vue !

Et notre responsabilité à nous, belles-filles ? Pourquoi les remarques de notre belle-mère nous énervent tant ? Si c’était la voisine ou un passant dans le parc qui vous demandait "C’est normal que votre fils mange des fourmis ?" vous trouveriez sa sollicitude bien sympathique. Pareil, quand ma mère me dit : "Je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu fasses encore un enfant." Autre manière de dire : "Je me suis occupée de huit petits-enfants tout le week-end, un de plus, je meurs." Elle a juste droit à un regard meurtrier. Pour la même remarque, ma belle-mère aurait eu cinq ans de rancune, et encore, renouvelables. Cet énervement suscité par les belles-mères est d’autant plus irrationnel, que l’on a choisi, entre tous, le fils qu’elle a élevé. C’est que d’un point de vue éducatif, elle ne s’en est quand même pas trop mal sortie.

En cas de crise, chères belles-filles, respirez, mettez-vous à leur place et relisez la phrase de Christiane Collange, spécialiste de la belle-mère : "Quand on met un enfant au monde, on croit naïvement qu’on va s’aimer pour toujours ! Mais arrive un jour où une autre femme plus jeune vous dit : ‘Ecoutez chère madame, vous l’avez beaucoup aimé, vous vous êtes occupé de lui, mais maintenant, il faudra l’aimer moins, vous effacer de sa vie.’"

Bref, un peu de compassion des deux côtés, et… courage pour les prochaines vacances !