Opinions

Une lettre ouverte de Philippe, un policier qui souhaite garder l’anonymat.



Monsieur Crespo,

Je suis attristé par la demande qui a été faite par votre mouvement de fournir des preuves de mauvais comportement des services de police. Je suis devenu policier à 35 ans après quelques années dans le privé et une réorientation. Je me sens très loin du cliché que vous tentez de faire passer, je ne suis pas armé d'une matraque, je ne suis pas chaussé de combat-shoes, mes cheveux ne sont pas rasés, et je ne prends pas mon pied en maltraitant et en opprimant les "autres"...

Au contraire, je suis ouvert sur le monde et les autres cultures, j'emmène mes enfants au bout du monde, je leur montre qu'autre chose existe, qu'il n'y a pas qu'une seule façon de vivre.

Dans mon travail, je traite de la même façon les citoyens de toutes les nationalités. Et oui c'est vrai, je dois parfois expliquer à certains collègues que juger une personne par rapport à sa couleur de peau et son origine est inadéquat et beaucoup trop facile, que les voyous, ceux qui à Bruxelles arrachent la chaine d'une petite dame, ou attaquent un libraire, n'ont pas de couleur, ce sont des voyous... Certains collègues sont comme moi ouverts vers les autres, d'autres le sont moins, mais n’est-ce pas le reflet de la société ? Y aurait-il plus de racistes à la police que chez les dentistes, les comptables, les jardiniers ?

Dans la petite épicerie à côté de chez moi, le monsieur qui habite la rue d'à côté, tient à la caisse des propos simplificateurs et racistes, et il n'est pas policier...

Mon quotidien est d'aider les gens, chaque jour je suis confronté à tout ce qui existe dans notre société, du beau, du moins beau, souvent de la tristesse, du désarroi, avec mes collègues, on trouve des solutions, lorsque quelqu'un se fait agresser, qu'une épouse crie au secours car son homme la frappe, on intervient et la justice prend le relais.

Quand 300 ou 400 personnes mettent un boulevard de Bruxelles à sac, brûlent des voitures, pillent des magasins, attaquent une banque, on intervient, avec nos moyens, on intervient en allant vers le danger, sans reculer et parfois on est blessé.

On intervient car des voyous ont décidé de tout casser et peu importe leur origine, ce sont ces voyous. Quand on avance en ligne, sous nos casques on ne prend pas notre pied, on n’a pas la matraque qui nous démange.

Monsieur Crespo, j’aimerais croire que celui qui a lancé cet appel émanant du MRAX à dénoncer les « méchants policiers » a fait une erreur de manipulation, en agissant de la sorte vous allez à l’encontre de votre rôle, vous jouez le jeu des vrais racistes.

En tant que directeur du Mrax cessez donc de vous obstiner à regarder la société sous ce prisme réducteur et simplistes du méchant flic qui oppresse le gentil voyou innocent.

Mettez plutôt votre énergie dans d'autres combats, et posez-vous cette question : Qui appellerez- vous quand des voyous voleront votre vélo, votre smartphone dans la rue, cambrioleront votre maison, racketteront vos enfants devant l'école ? Aux méchants policiers racistes et xénophobes ?

« Suite aux troubles à l’ordre public de la police hier soir à la Bourse il est important que toutes les personnes présentes qui ont filmé les provocations de la police (sic) partagent leurs vidéos auprès d’associations luttant contre l’oppression policière. Vous pouvez contacter le MRAX… ».

XXX, un policier bruxellois parmi tant d'autres.