Opinions

"Le mariage pour tous, c’est un changement de civilisation". Le mot pourra paraître excessif, et pourtant il n’est pas de Frigide Barjot mais de Christiane Taubira, la ministre de la justice française qui a donné son nom à la loi légalisant le mariage homosexuel. Et nous ne pouvons qu’approuver. La légalisation du mariage homosexuel pose plusieurs questions fondamentales pour lesquelles un débat de fond s’imposerait.

Peut-on par exemple réduire le mariage à "simplement" un contrat entre deux être qui s’aiment et oublier qu’il est l’acte fondateur d’un foyer, d’une famille ? Les couples homosexuels, au-delà de leur amour, du respect qui leur est dû et à leur aspiration légitime à ce respect ont-ils vocation à fonder un foyer et à la parenté ? A l’instar de ce que disent de nombreuses personnes homosexuelles (comme par exemple "Homovox" ou "plus gay sans mariage"), des couples "différents" et se revendiquant comme tels ne devraient t’ils pas jouir de droits différents ? Mais surtout, surtout, remplacer la filiation biologique par une filiation "sociale", priver potentiellement un enfant de l’amour d’un père ou de l’amour d’une mère est-il justifiable, quelle que fût la cause servie ?

Nous sommes Français de Belgique, Franco-belges, certains de nous simplement Belges, et nous ne pouvons-nous empêcher d’avoir un doute sérieux sur les réponses apportées par Mme Taubira à ces questions. C’est pour cette raison que nous avons participé à La manif pour tous à Paris.

La Manif pour tous a eu au moins une chose de remarquable, c’est qu’il ne s’est rien passé. Pas une vitre brisée, pas une voiture brûlée. Factieuses, ces familles avec poussettes criant "un père, une mère, c’est élémentaire" ? Extrémistes, ces jeunes à peine sortis de la troupe scoute chantant la Marseillaise à plein poumons ? Séditieux ces milliers de "veilleurs" se réunissant dans 140 villes de France pour écouter des textes de Peguy, Rousseau, Hugo ou Claudel et chanter doucement "l’Espérance" ou "le chant des partisans"? "La France bien élevée a défilé", répètent en chœur les médias français.

Un contraste flagrant avec d’autres mouvements sociaux, mais aussi avec l’opposition que nous avons rencontrée : on peut citer les violentes actions des Femens jusqu’au c(h)oeur de Notre-Dame, mais aussi l’agression physique dont a été victime Xavier Bongibault (un homosexuel, un comble !) de passage dans notre pays, ou encore les agressions verbales que plusieurs d’entre nous ont subies, pris à partie par des militants pro "mariage pour tous" devant nos propres enfants ! Il y a lieu de se demander où se trouve la violence, mais aussi ce qui est advenu de la "tolérance" si chèrement louée par ces mêmes militants.

Face aux vraies questions soulevées par la Manif pour tous, il est déplorable que Michel Claise (NdlR : LLB du 28/5/20013 "Liberté, égalité, sexualité"), comme beaucoup d’autres, n’avance pas le moindre argument de fond et ne trouve rien de mieux que de se réfugier derrière le "jouir sans entrave" ("sexualité droit inaliénable"), érigeant ainsi ce dernier en nouveau dogme du politiquement correct s’imposant à nous dans sa splendide évidence.

Nous osons espérer que si la cause du "Mariage pour Tous" était si noble que cela, la religion de la bien-pensance aurait eu des choses plus intelligentes à faire que de nous envoyer ses grands inquisiteurs nous traiter d’extrémistes. Disons le franchement, si cette manière de procéder a eu le moindre effet, c’est d’ériger dorénavant l’accusation d’homophobie en un nouveau point Goldwyn, un procédé pour refuser la discussion.

Mais revenons-en à nos moutons : ce débat était intéressant disions-nous, et le mérite de la Manif Pour Tous est de l’avoir imposé. Mais on est bien amer de constater qu’il s’est résumé à un échange d’ "oneliners" plus ou moins inspirés et d’insultes non moins inspirées (mais est-ce la faute de la Manif pour tous ?) suivies d’une loi étriquée votée à la hussarde par un gouvernement impopulaire et sur la défensive. Face à cela, tout démocrate ne pourra que rester sur sa faim.

Mais ne perdons pas de vue une chose : en Belgique, le débat sur l’adoption n’exista que par un somptueux silence, et la loi fut votée dans l’indifférence politique générale (tétanisée par la peur d’apparaître "réac" ou pire, "conservatrice" !) malgré l’opposition de l’immense majorité des Belges. A la réflexion, cela n’est-il pas plus inquiétant encore ? La vraie victoire, dit-on appartient à ceux qui ont conquis les cœurs et les esprits. La Manif pour tous et ses jeunes sont un véritable vent de fraîcheur pour toute la politique française. Il y a lieu de se demander si, au moment de sa défaite symbolique, le mouvement créé en France n’est pas sorti en vrai vainqueur du combat.

Rendez-vous dans 45 ans et nous sommes confiants.