Opinions

Un souvenir de Patrice le Hodey, vice-président du Conseil d'administration du groupe IPM (La Libre, La DH, Paris-Match...), à l'occasion des 25 ans du décès du roi Baudouin, ce 31 juillet.

À l’époque, j’étais Administrateur délégué. Jacques Franck, Directeur de la rédaction, Jean-Paul Duchateau, rédacteur en chef, Denis Pierrard, directeur opérationnel et Inès de Biolley, responsable commerciale/marketing. J’étais en route vers Laon dans l’Aisne quand, vers 2h du matin, je capte par hasard la RTBF qui annonce le décès du Roi. Vers 4h, de retour à Bruxelles, je suis très impressionné par les nombreuses personnes déjà rassemblées devant le Palais royal. Nous décidons de lancer une édition spéciale. Mais avec qui la faire ? S’il n’est pas trop difficile de rassembler des journalistes, il faut aussi des techniciens pour faire fonctionner tout le processus de production.

Problème : on est à la fois à la coupure entre juillet et août, et dans une nuit de samedi à dimanche. La nuit de samedi à dimanche, nous n’imprimions pas de journaux. Les vacanciers de juillet étaient donc encore en vacances, et les aoûtiens en profitaient déjà.

Il n’y a pas de GSM à l’époque. Denis Pierrard se met donc à téléphoner aux domiciles, souvent sans succès. En désespoir de cause, il prend sa voiture et va tambouriner aux portes pour les réveiller un à un ! Péniblement, on met en route la production du journal. L’édition spéciale sort dans la matinée. Reste à la distribuer. Et là aussi, impossible de compter sur les circuits habituels. Ines de Biolley multiplie donc les coups de téléphone et rassemble des volontaires pour assurer la distribution en ville, principalement aux abords du Palais royal. C’est la débrouille familiale. On réquisitionne enfants et conjoint(e)s qui mettent dans leur coffre des paquets de journaux à écouler.

Les jours suivants, les équipes se consacreront à publier, en plus des journaux quotidiens, des éditions spéciales consacrées au roi Baudouin puis à Albert II et Paola ainsi qu’un mensuel “Histoire d’un règne”.

Les lecteurs nous appelleront désespérés : il n’y a plus de drapeaux belges dans le commerce. Nous trouverons la solution en faisant découdre et recoudre des drapeaux allemands…

C’est certain, ces jours-là resteront gravés dans la mémoire de tous ceux qui y ont participé.