Opinions Prenons les errements sur l’impact social d’une variation du prix de l’électricité… pour éclairer sa lanterne. Une Chronique d'Étienne de Callataÿ.

Aurons-nous à faire face à des coupures d’électricité ? Voilà une question que l’on aurait imaginée remisée au rang des souvenirs de grands-parents mais qui est revenue brutalement à la une de nos journaux. Cette interrogation donne une triste image tant des producteurs d’électricité d’origine nucléaire que de leurs régulateurs. Elle doit, parmi d’autres choses, conduire à mieux valoriser les modes de production décentralisés, qui ne connaissent pas une telle fragilité.

Allons-nous être les dindons de la farce en matière de provisions nucléaires ? Voilà une autre question électrique qui concerne Monsieur et Madame Tout le Monde. Le risque ici a trait à la solidité des garanties relatives aux moyens financiers affectés à la couverture des frais de démantèlement des installations nucléaires et à la perte de marge de manœuvre future de l’État belge face aux conditions dictées par l’opérateur. L’enjeu financier est énorme, en milliers d’euros par famille. Et ici aussi se dégage une image peu flatteuse tant du producteur que du régulateur.

Une troisième question, en matière d’électricité, fait débat : l’idée a été émise que, comme l’électricité risque de coûter sensiblement plus cher dans les semaines à venir, il pourrait être particulièrement indiqué de rabaisser la TVA de 21 % à 6 %. Ceci aurait pour effet de préserver le pouvoir d’achat des ménages. La TVA sur l’électricité avait été abaissée à 6 % au printemps 2014 et elle a été remontée à 21 % à l’été 2015. Ce retour a été largement critiqué par les partis d’opposition et le monde syndical comme une mesure antisociale, amputant directement le pouvoir d’achat des ménages. Si l’électricité représente 4 % du budget d’un ménage, passer de 6 à 21 % de TVA coûterait 0,6 % du pouvoir d’achat. Et si le prix de l’électricité venait à augmenter de 30 %, le pouvoir d’achat baisserait de 1,2 %.

Pourtant, il n’en est rien ! En effet, l’électricité fait partie du panier de biens et services utilisé pour calculer l’indice-santé, celui sur la base duquel les salaires, les allocations sociales et les loyers sont indexés. Cela signifie, puisqu’il y a indexation automatique, que la hausse du prix de l’électricité, à la suite d’une augmentation de la TVA ou pour toute autre raison, se répercute intégralement dans le revenu des salariés et des allocataires sociaux.

Pour le Belge moyen au revenu indexé, la hausse du prix de l’électricité est sans effet sur son pouvoir d’achat. Bien sûr, elle a des effets redistributifs. Elle pénalise celui pour qui le poids de l’électricité dans les dépenses du ménage est supérieur à la moyenne et avantage celui qui a une consommation inférieure à la moyenne. La hausse du prix de l’électricité est donc neutre pour le consommateur moyen. C’est pour l’employeur, marchand ou non marchand, qui voit les salaires augmenter qu’il s’agit d’une mauvaise nouvelle. Et pour l’environnement, qui en a bien besoin, il s’agit d’une bonne nouvelle !

Oui, le gouvernement Michel a pris des mesures pénibles pour le pouvoir d’achat, à commencer par le saut d’index, mais il n’est intellectuellement pas défendable que partis de l’opposition et syndicats évoquent à ce sujet le relèvement de la TVA sur l’électricité. Ce n’est pas parce que l’on parle d’électricité que l’on peut ne pas être au courant et disjoncter !