Opinions

Un groupe de jeunes citoyens engagés (voir signataires ci-dessous) répond à la lettre ouverte publiée vendredi par Alain Destexhe (MR) dans laquelle il s'attaque à l'ASBL "Jeugd Parlement Jeunesse".


M. le Sénateur Destexhe,

Ce vendredi 24 février, vous avez décidé de médiatiser une lettre ouverte (disons plutôt un billet d’humeur) dézinguant l’ASBL Parlement Jeunesse. Si votre plume provocatrice aura sans doute fait sourire une certaine classe politique, elle aura également appelé à l’indignation et la révulsion des jeunes et travailleurs sociaux qui s’engagent à mettre en œuvre des actions nouvelles de citoyenneté et de démocratie. Vous parlez d’enfants qui mettent le monde en péril. Vous rêvez que la jeunesse ne soit pas – attention, soyons prudent à conserver le système en place – utopiste.

Recevoir des leçons de la part d’un vieux sénateur MR tel que vous nous conforte dans l’idée que les initiatives de jeunesse doivent être démultipliées. Pardonnez-nous pour le mot « vieux », il est ici utilisé en réponse aux enfantillages dont vous avez fait preuve en abordant la participation citoyenne sous l’angle générationnel dans votre lettre ouverte.

M. Destexhe, les jeunes, en s’exerçant à la pratique démocratique, ne mettent pas notre société en péril. Établir un cadre propice à cet exercice permettant aux jeunes de rêver d’autre chose pour notre société est un moyen parmi d’autres de challenger la pensée unique. Un représentant du peuple devrait comprendre cet enjeu et soutenir ces initiatives citoyennes plutôt que de s’en servir comme outil médiatique pour sa propre personne.

Vous rêvez d’une jeunesse engagée qui n’a pas de rêve. Dans votre lettre, vous parlez aux jeunes avec un bouquin de votre connaissance sorti dans les années cinquante. Alors, sans aucun snobisme et d’une manière un peu humoristique, faisons donc de même avec un personnage mal-aimé du film Harry Potter. À croire que pour vous « faire régner l’ordre », « le progrès pour le progrès ne doit pas être encouragé », « supprimons les pratiques qui doivent être interdites » sont autant de citations du Professeur Ombrage qui pourraient aussi vous correspondre.

Puisqu’on ne doit pas mentir, nous vous rappellerons M. Destexhe que l’utopie que vous bannissez a pourtant permis à plusieurs reprises dans l’Histoire de notre société, de faire bouger les lignes du système et d’améliorer la condition de vie humaine. Les prolétaires ont rêvé du suffrage universel et l’ont obtenu en 1919, les femmes ont rêvé d’avoir le droit de vote et l’ont obtenu en 1948, les travailleurs ont rêvé de la semaine des 40 h et l’ont obtenue en 1936, les étudiants ont rêvé d’une réforme de l’Université et l’ont obtenue en 1968 et, outre-Atlantique, un certain Martin Luther King avait aussi eu un rêve dans la lutte contre la ségrégation raciale. Tous ces rêves, M. Destexhe, ont permis l’acquisition de nouveaux droits sociaux vers une société plus égalitaire. Si, dans votre chef, vous vous complaisez à demander aux jeunes d’être réalistes, nous soutiendrons toujours, pour notre part, que la jeunesse soit engagée, animée par des idéaux utopistes et dotée d’outils démocratiques pour les ancrer dans la réalité.

La citoyenneté, l’esprit critique et la participation sont des questions fondamentales dans notre société aujourd’hui tiraillée entre la montée de l’extrémisme, le radicalisme et le repli sur soi. Proposer des idées nouvelles qui favorisent le vivre-ensemble serait un rôle que l’on pourrait attendre d’un sénateur fédéral. Nous comprenons que cela ne doit pas forcément être évident pour vous alors sachez M. Destexhe, que si vous comptez un jour aider les jeunes et les structures de jeunesse, nous sommes tous à votre disposition pour vous parler démocratie, tolérance, citoyenneté et jeunesse. Vu la défiance grandissante des jeunes envers la politique, ne pensez-vous pas, M. Destexhe, qu’il faudrait au contraire promouvoir les initiatives de démocratie pour la jeunesse plutôt que de les mépriser ?

#ActForTomorrow


Les signataires 

Charles Coibion, ancien président du Conseil de la Jeunesse

Jérôme De Mot, ancien président de DéFI Jeune

Giovanni Briganti, secrétaire général du CIUM

Victoria Majois, animatrice chez les Scouts

Rachid Ben Salah, Molenbeekois engagé

Maxime Felon, président des Jeunes Socialistes

Rodrigue Demeuse, jeune Ecolo engagé