Opinions
Une chronique de Christophe Ginisty, professionnel de la communication.


Voici comment le président français a réussi le tour de force de museler l’opposition en quelques mois à peine. 

Moins d’un an qu’il est élu à la Présidence de la République et malgré des débuts hésitants, un peu maladroits mais rapidement rectifiés, Emmanuel Macron affiche une cote de popularité en hausse et surtout, fait politique majeur, des opposants devenus totalement inaudibles au fil des mois.

A gauche, Jean-Luc Mélenchon a lui-même reconnu que le nouvel hôte de l’Elysée avait gagné la partie sur la réforme du code du travail et que la France insoumise avait échoué dans la mobilisation tant espérée de la jeunesse. A droite et malgré une élection à la tête des Républicains qui aurait dû lui permettre de retrouver l’éclat de la lumière médiatique, Laurent Wauquiez a littéralement disparu des écrans radars. Marine Le Pen, elle, gesticule et n’attire les rares commentateurs qu’autour du projet de changement de nom du Front National qu’elle souhaite porter cette année. Au centre, François Bayrou est aux abonnés absents bien que son mouvement bénéficie d’un nombre important de députés et les écolos sont au compost, sans doute occupés à imaginer leur propre recyclage.

Comment Emmanuel Macron a-t-il réussi en quelques mois à peine ce tour de force de museler l’opposition, ce que n’ont jamais réussi avant lui ses prédécesseurs et singulièrement Nicolas Sarkozy qui clivait farouchement en fournissant lui-même les munitions à ses adversaires ou François Hollande, tellement étranger à sa fonction qu’il donnait le sentiment que le poste n’était pas pourvu, un boulevard pour ses adversaires !

En réalité, Emmanuel Macron est sans doute le Président le plus en phase avec les institutions françaises et à l’esprit de la constitution de la cinquième république. Il a eu l’intelligence de s’installer pleinement dans les habits du président de la République tels qu’ils ont été imaginés par le Général De Gaulle, un dirigeant au-dessus de tout, des partis, des basses contingences de l’actualité, du gouvernement au quotidien, de la politique politicienne, des questions des journalistes,... Vous savez quoi, Emmanuel Macron est hyper gaulliste dans sa manière de gouverner, il est même plus gaulliste que le Général De Gaulle ne l’était lui-même.

Il faut se souvenir de l’esprit dans laquelle a été rédigée cette constitution de la 5ème république française en 1958. Il fallait mettre un terme au chaos permanent de la 4ème république qui était un foutoir à alliances et désunions, où le pouvoir exécutif était à la merci d’un parlement sur-vitaminé, où le président du conseil n’était qu’un pion. Pour redresser le pays, De Gaulle et Debré ont inventé un président fort, quasi monarchique où l’élection lui confèrerait presque un pouvoir de droit divin (même si le suffrage universel n’est entré en vigueur qu’en 1965).

Après la mort du Général en 1969, seul François Mitterrand a semblé exercer le pouvoir de cette manière lors de son premier mandat. Valery Giscard d’Estaing voulait moderniser l’usage du pouvoir en allant dîner chez les français, Jacques Chirac était trop pragmatique et « terrien » pour incarner ce type de gouvernant. Et comme rappelé ci-dessus, ni Sarkozy ni Hollande n’avaient le caractère et l’appétence pour ce type d’incarnation.

Qu’on l’aime ou non, que l’on soit d’accord ou pas avec sa politique, Emmanuel Macron est un président pleinement dans les habits de la fonction telle que définie par les institutions françaises. Il a raréfié sa parole, a pleinement repris la direction des fonctions régaliennes sans le moindre complexe, allant jusqu’à rappeler publiquement aux généraux qu’il était leur chef et à recevoir sans broncher la démission du chef d’état-major. Il s’est installé au-dessus des partis en composant l’équipe gouvernementale de manière outrageusement trans-partisane, il a habilement manœuvré pour faire de sa diplomatie un outil pour redonner à la France la puissance de sa voix dans le monde et singulièrement sur la protection de l’environnement. Du point de vue de la communication enfin, il a rompu avec une forme de fébrilité « sondagière » qui paralysait ses prédécesseurs lorsqu’ils scrutaient les inclinaisons de l’opinion avant de prendre la moindre décision. Lui déroule sa stratégie avec détermination, de sorte que tout le monde peut voir où il veut aller. Et même s’il y aurait beaucoup à redire sur ses prises de parole formatées avec la complicité bienveillante inappropriée de Laurent Delahousse, il réussit apparemment à inspirer la confiance des français et, par voie de conséquence, à assécher l’espace médiatique de ses opposants.

En fait, ce que l’on doit retenir de ces 6 premiers mois du point de vue de la communication politique se résume en deux points fondamentaux. Le premier est qu’il ne suffit pas d’être élu ou nommé à un poste, il faut comprendre ce que ce poste représente dans l’esprit des institutions et l’incarner pleinement. Le second point est qu’il n’y a de succès dans la gouvernance que lorsque l’on avance sans se laisser perturber par le désir de plaire dans le vacarme assourdissant des oppositions.