Opinions

Une opinion du Collectif Mensuel (Sandrine Bergot, Baptiste Isaia et Renaud Riga).


A Madame Alda Greoli, Ministre de la Culture, de la petite Enfance et de l'Education permanente,

Nous avons été informé par la presse de votre décision de doter notre compagnie d’un contrat-programme d’un montant annuel de 60.000,- € pour les cinq prochaines années… Nous pensons qu’il doit s’agir d’une erreur !

Nous avons bien relu dans les mêmes journaux vos déclarations concernant les critères qui ont prévalus dans vos choix : « le pourcentage de la part artistique, celui de l’emploi et celui des recettes propres » ; ceci nous renforce dans notre analyse qu’il y a dû y avoir un hiatus qui s’est glissé à une des étapes du traitement de notre demande.

En effet, encore cette saison et avec la plus modeste des subventions attribuées dans le cadre des conventions en théâtre (40.500,- € annuels), notre compagnie relativement à chacun de ces critères a généré des résultats exceptionnels ; parmi les meilleurs - voire les meilleurs - dans le champ des compagnies théâtrales conventionnées.

Sans entrer ici dans le détail foisonnant de nos actions, permettez-nous pour illustrer cette affirmation de citer quelques chiffres du bilan dont nous faisons état pour les quatre années de cette convention passée :

- 3 spectacles créés (Blockbuster, 2043 et L’homme qui valait 35 milliards) ;

- plus de 500 représentations dans 7 pays différents ;

- plus de 120 000 spectateurs ;

- une moyenne annuelle d’emploi de plus de 10 équivalents temps plein dont 9 artistiques

(4,5 emploi permanent dont 3 artistiques et plus de 6 ETP d’artistes intermittents) ; Et si la qualité artistique des productions ne fait pas partie des critères mentionnés par la presse (et on peut comprendre que ceux-ci puissent être jugés peut-être trop subjectifs), il reste néanmoins qu’on peut objectiver que nos spectacles ont été accueillis par des structures aussi prestigieuses que le festival des Nuits de Fourvière, le World Theater Festival de Zagreb, un grand nombre de Scènes Nationales françaises et la quasi-totalité des Théâtres, Maisons de la Culture, et Centres Culturels de la Fédération Wallonie-Bruxelles…

Au vu de ces résultats (et la demande que nous avons rentrée pour les cinq prochaines années confirmait que nos objectifs poursuivaient dans cette dynamique), vous mesurez sûrement le gouffre qui les séparent de la décision annoncée qui résonne comme une sanction injustifiée de notre travail… et le désarroi dans lequel nous avons été plongé… Vu l’ampleur de la contradiction, ce désarroi a rapidement fait place à de la perplexité, et nous n’avons pu finalement trouver qu’une seule explication plausible : nous devions être victime d’une erreur.

Vu le nombre de dossier traités et la nouveauté du dispositif et des procédures, c’est une hypothèse crédible et même compréhensible, quoique particulièrement désagréable, qu’une inexactitude ou une méprise ait pu se loger par inadvertance dans une des phases du processus.

Car si ce n’était une erreur, l’écart par trop flagrant entre les critères plus que largement rencontrés par notre compagnie et la sanction de la décision qui nous est infligée jetterait à terre et réduirait en miette votre intention déclarée - et souhaitée par le secteur - d’une objectivation des analyses et des décisions.

Ce ne serait plus une erreur, ce serait un scandale !

Nous ne pouvons y croire, et encore moins nous y résoudre.

Alors que faire … ?

La production de tout ce travail mené pendant quatre ans avec une si faible subvention nous a demandé énormément de sacrifices ; s’ils sont supportables au début d’une phase de développement, ils ne peuvent constituer un mode de gestion durable ; ce pourquoi nous avions sollicité un soutien accru, porté à 180.000,-€.

Ne nous en octroyer que 30% (et d’ailleurs pour conduire quel projet… ? en tout cas pas celui que nous avons déposé, c’est proprement impossible…) nous mettrait dans l’impossibilité de poursuivre notre voie actuelle pourtant couronnée de succès et nous conduirait dans les prochaines semaines à devoir entamer les procédures de licenciement de notre personnel, en ce compris la direction artistique de notre compagnie.

A l’invitation du Théâtre de Liège, nous nous apprêtons à fêter les 10 ans de notre Collectif. Nous nous réjouissons de proposer cet événement festif aux quelques 35 000 spectateurs qui nous ont fait l’honneur d’assister à nos précédentes représentations liégeoises. Devrons-nous célébrer aussi avec eux à cette occasion l’enterrement de notre Collectif, en tout cas dans sa forme actuelle ? C’est inimaginable.

Aussi, c’est encore une fois confiants dans vos intentions et dans votre jugement que nous nous tournons à nouveau vers vous afin que vous repreniez à votre charge l’instruction de notre dossier de demande et que vous révisiez votre décision à l’égard de notre compagnie. Nous mesurons les difficultés qu’une telle démarche pourrait générer mais il en va de la survie de notre projet et, à notre point de vue, de la crédibilité de la réforme que vous avez eu le courage de mener à terme.

Nous restons à votre disposition pour étudier toute autre voie qui vous paraitrait praticable et serions ravis de vous rencontrer afin de vous exposer de manière plus détaillée notre réalité. Toutefois, et malgré l’urgence qui nous anime, cette entrevue ne pourrait avoir lieu avant le mois de février puisque, jusque-là, nous serons en tournée permanente avec nos 2 spectacles (Blockbuster et 2043) à la Scène Nationale de Chalon-sur-Saône, à La

Mégisserie de Saint-Junien, à la Scène Nationale de Grenoble, au Théâtre de Bray-Dunes, à la Scène Nationale d'Annecy, à la Scène Nationale de Tarbes, au théâtre de Muntzenheim, au Théâtre de Bayonne (Scène Nationale du Sud-Aquitain), au Théâtre de Schiltigheim, au Théâtre Firmin Gémier de Chatenay-Malabry, à l'Espace Athic d'Obernai, à la scène du Golfe de Vannes, à la Scène Nationale de Sénart, à l'Avant Seine de Colombes, au Centre culturel d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, à la maison de la Culture d'Amiens, et à la maison de la culture d'Arlon.

En vous remerciant d’avance de l’attention que vous porterez à la présente, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos salutations respectueuses.

LE COLLECTIF MENSUEL, Sandrine Bergot, Baptiste Isaia et Renaud Riga, Direction artistique de PI 3,14 asbl