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Avec 38.000 policiers pour 10 millions d'habitants, la Belgique se place dans le peloton de tête des pays les plus `fliqués´ d'Europe. La vaste réforme du service public de police, intégré et structuré à deux niveaux, fédéral et local, trouve doucement ses marques. Elle vise à rendre la police plus efficace et plus proche du citoyen. Des moyens financiers gargantuesques ont été injectés dans cette opération octopus: les agents de police sont désormais, et de loin, les fonctionnaires les mieux payés du Royaume.

Et pourtant - ou précisément, à cause de cela? -, on n'arrête pas de déléguer les tâches policières vers d'autres instances. Des stewards encadrent déjà des événements sportifs. Un corps spécial de sécurité, composé de 150 militaires, s'occupera bientôt du transfert des détenus entre les prisons et les palais de justice. Des service de gardiennage privé dresseront bientôt les constats de non-paiement de redevances de stationnement ou feront rapport sur des infractions aux règlements communaux. Etc. Et voilà qu'on évoque un renforcement de la collaboration de l'armée: des soldats viendront prêter main-forte aux agents dans une série de situations déterminées.

Mais alors, que fait la police? Le parfum sécuritaire de cette (pré)campagne électorale explique en partie le brusque regain d'intérêt pour ces matières - d'autant que la dernière offensive est partie du PS, là où on attendait plutôt le MR. Mais ce n'est certainement pas le seul élément qui motive cette volonté réitérée de confier à d'autres des missions normalement dévolues aux forces de l'ordre. L'arc-en-ciel n'est-il pas en train de réaliser que cette ambitieuse réforme des polices est devenue tout bonnement impayable? L'accord des ex-policiers et des ex-gendarmes pour ce changement a été acheté à prix d'or. Le budget initial de 8 milliards de francs belges, déterminé pour payer le statut commun à tous les hommes de la nouvelle police, a littéralement explosé - au point où personne n'est aujourd'hui capable d'en présenter la facture exacte. Les politiques en sont donc réduits à faire des économies de bouts de chandelles. Les militaires ne s'y sont pas trompés, bien décidés à réclamer les mêmes avantages statutaires que les policiers s'ils devaient être amenés à travailler à leurs côtés.

© La Libre Belgique 2003