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Une opinion de Benoit Wautelet, enseignant à l'école normale HELHa (Braine-le-Comte) @WauteletB

L’allongement de la formation initiale des enseignants est d’actualité depuis 40 ans. Récemment, l’intention s’est cependant précisée. En effet, le ministre Marcourt a indiqué sa volonté d’allonger le cursus de 3 à 5 ans dans sa note de politique générale et la ministre Milquet répète l’antienne à 9 reprises dans son Pacte d’excellence.

En Belgique, actuellement, la grande majorité des enseignants est formée en 3 ans dans des hautes écoles pédagogiques. Ces hautes écoles diplôment effectivement les profs qui enseigneront aux élèves, de leur entrée à l’école maternelle à l’âge de 15 ans. Sans rentrer dans les détails, ce sont l’université, la promotion sociale et l’enseignement artistique qui prennent en charge la formation des autres enseignants. Rappelons que beaucoup estiment cette réforme impayable (à moins de baisser le salaire des enseignants, comme en France ?).

Derrière cette volonté affichée, y a-t-il une réelle nécessité de réformer et d’allonger la formation initiale ? Les enseignants sont-ils si mal formés qu’il faille "améliorer" leur formation ? Le Pacte d’excellence explique qu’on doit "renforcer la qualité de l’offre d’enseignement pour chaque élève, principalement en améliorant la formation initiale et continuée" (p.25). Au-delà du caractère méprisant de ce que l’on peut espérer être une maladroite formulation, tous les indicateurs démontrent que les hautes écoles remplissent plus que correctement leurs missions.

Une évaluation "Qualité" de grande ampleur menée par l’Agence pour l’evaluation de la qualité de l’enseignement supérieur (AEQES) a ainsi démontré les forces et la pertinence de la formation initiale des enseignants en hautes écoles pédagogiques et a fixé des objectifs d’amélioration propres à chaque institution évaluée. Des équipes d’enseignants se sont par la suite constituées afin d’effectuer le suivi de ces objectifs d’amélioration et leur mise en place.

En outre, si la presse a souvent relayé l’information selon laquelle un enseignant sur 5 quitterait le métier dès sa 1e année et 35 % dans les 5 premières années de pratique, ces chiffres sont à nuancer au regard des enseignants formés en hautes écoles pédagogiques en 3 ans. Ces quotas sont en effet bien moins élevés pour les détenteurs d’un diplôme pédagogique : seuls 5 % des enseignants avec un titre pédagogique reçu en haute école quittent le métier après un an et 15 % après cinq ans (Cahiers du Girsef, avril 2013, p. 88). Soit des chiffres similaires à n’importe quelle autre formation !

Après cela, peut-on encore affirmer, comme on le lit dans le Pacte d’excellence (p. 24), qu’il faut "mieux former nos enseignants en adaptant la formation initiale aux besoins et nécessités actuelles" ? Si tout n’est évidemment pas parfait, la formation initiale des enseignants en hautes écoles pédagogiques répond aux attentes du terrain et aux besoins des élèves. La toute grande majorité des enseignants y est formée et l’expertise y est bel et bien présente.

Surtout ne démantelons pas les hautes écoles lors de l’éventuel passage à 5 ans ! Ne perdons pas cette expertise en formation professionnalisante ! Au contraire, l’éventuelle réforme devrait s’appuyer sur ce pilier de la formation initiale des enseignants que représentent les hautes écoles.

Dans la presse et dans les couloirs bruissent de nombreux projets de réforme. Si l’on passe à 5 ans, cela doit se faire pour de bonnes raisons, et pas pour d’obscures raisons financières. Un exemple : si la formation initiale entre dans le giron universitaire, c’est une sacrée manne d’argent qui se présente à elles ! Finalement la question de la réforme de la formation initiale ne devrait-elle pas se poser en d’autres termes : y a-t-il moyen d’encore mieux former nos profs ? Bien sûr que oui ! Notamment en réinjectant de l’argent dans les hautes écoles, en quittant ce non-sens qu’est l’enveloppe fermée et qui bloque les budgets des hautes écoles qui accueillent de plus en plus d’étudiants avec de moins en moins de moyens…