Opinions
Une opinion de Christophe Ginisty, professionnel de la communication.


Quand la politique cherche à faire le buzz, elle prend le risque de n’être plus qu’un spectacle.


Cinq euros. C’est la perte de pouvoir d’achat que les bénéficiaires français de l’Aide personnalisée au logement (APL) devront supporter aux termes des réformes voulues par Emmanuel Macron, son gouvernement et sa nouvelle majorité parlementaire. Et ce, aux fins d’économies budgétaires.

Cinq euros, c’est aussi le symbole que Jean-Luc Mélenchon a choisi d’illustrer lors d’une séance de l’Assemblée nationale où, certain d’être filmé par les équipes de télévision qui retransmettaient les débats, il sortit d’un sac de courses improbable un paquet de pain de mie et quelques ingrédients alimentaires de base, histoire de rappeler que cette petite somme d’argent équivalait à de la vraie nourriture de base, essentielle à des milliers de gens. Et ceci, quelques jours après qu’une élue de La République en marche a fustigé avec une maladresse sidérante les pauvres étudiants qui oseraient se plaindre d’une coupe budgétaire qu’elle jugeait dérisoire.

La séquence s’est immédiatement retrouvée sur tous les réseaux sociaux, certains criant au génie du leader de La France insoumise, d’autres fustigeant un populisme facile et hors contexte.

Quelques semaines auparavant, Jean-Luc Mélenchon s’était illustré médiatiquement en refusant ostensiblement de porter la cravate dans l’hémicycle, faisant de cette coquetterie vestimentaire le symbole de l’insoumission des siens aux règles établies, lui qui n’avait pourtant jamais manqué de la porter durant ses presque vingt ans de présence au Sénat.

Dans les deux cas, il y a ce que l’on appelle un "coup de com", c’est-à-dire un acte conçu pour attirer l’attention des médias et qui contient une puissance virale intrinsèque propice au partage sur les réseaux sociaux. C’est totalement délibéré et préparé.

Les observateurs néophytes ont souvent tendance à applaudir des deux mains, partant du principe que puisque tout le monde l’a vu, le truc a fonctionné. Il est commun mais hasardeux de penser que le nombre de vues équivaut à la qualité de diffusion du message. Or, cela n’équivaut qu’au nombre de personnes qui ont vu le spectacle.

Parmi les millions de gens qui ont vu la vidéo du député Mélenchon sortant son paquet de pain de mie, il y a des sympathisants et des opposants dans des proportions équivalentes à leur représentativité dans le corps électoral. Rien ne permet de conclure que cette séquence a été l’occasion pour certains de changer d’avis et de se rallier aux thèses du leader de l’extrême gauche française. Ce n’est qu’une vidéo comme les milliers d’autres que l’on trouve sur Facebook à longueur de journées. Rien de plus.

Et c’est bien là le problème. Quand la politique cherche à faire le buzz et cherche à ne faire que ça, elle prend le risque de n’être plus qu’un spectacle et donc d’appauvrir le message en le réduisant à sa plus simple expression caricaturale. Elle devient simpliste alors que toute politique publique doit affronter des multitudes de complexités. Elle devient indigeste car elle ne s’intéresse plus à fournir le corpus argumentaire qui permettrait à chacun de mettre en œuvre son discernement.

C’est d’autant plus étonnant de la part de Jean-Luc Mélenchon que l’on se souvient tous de la violence avec laquelle il traitait les journalistes qui ne s’intéressaient pas à la complexité de sa pensée et n’accordaient pas le temps de parole nécessaire à la diffusion de ses messages au sein du corps électoral. Il les accusait alors de ne rien comprendre, de caricaturer ses prises de position, d’en faire des raccourcis insupportables et ainsi de trahir les règles déontologiques propres à leur métier.

Sans prendre parti pour ou contre les positions politiques de Jean-Luc Mélenchon, les coups de com qu’il inflige à l’opinion publique française depuis qu’il est élu à l’Assemblée nationale représentent ce qu’il semble avoir toujours combattu chez les commentateurs. Comme quoi, il ne suffit parfois que de cinq euros pour renier ce à quoi l’on était le plus farouchement attaché.