Opinions

Réponse de Michel Kacenelenbogen à l'opinion d'Emmanuel Deroubaix publiée ce jeudi.


"Mes promesses"

La Libre Belgique publiait sur son site internet une carte blanche d’Emmanuel Deroubaix qui m’attaquait ad hominem et mettait en cause un dossier de subsides concernant un projet de spectacle pédagogique qui vise à lutter contre le racisme.

Je réfute en bloc tout ce que ce monsieur Deroubaix veut me reprocher. Et je ne souhaite pas m’étendre sur un dossier qui est désormais entre les mains de la justice. Car l’opinion qui y est développée est non seulement grossière et insultante mais surtout mensongère. Et je ne veux pas participer à une polémique stérile, j’ai mieux à faire.

Cependant, comme je me vois insulté par le biais d’une carte blanche, je me vois dans l’obligation d’y répondre.

Je ne réponds pas à l’insulte ni à la critique fausse et gratuite autour du théâtre privé/public, qui n’a, ici, aucune pertinence et dénote d’une simplification manichéenne qui déshonore ceux qui en usent.

Comme l’insulte et la médisance ne font pas partie de mon vocabulaire et que j’ai vraiment d’autres préoccupations, je ne m’étendrai pas non plus sur la personnalité et les agissements de mon détracteur, qui défrayent la chronique depuis plusieurs années. Là n’est pas non plus mon propos.

Je réponds surtout parce que surtout, il s’agit bien plus que de ma petite personne. Il s’agit ici de la spoliation de la réflexion sur le fond. Cette personne kidnappe le débat d’idées parce que son objectif est de salir.

Dans le cas de cette carte blanche, il ne s’agit pas de critique ou de remise en question, il ne s’agit pas de débat. Procès d’intention nauséabond sur mes « ambitions davantage financières qu’artistiques », allégations à l’emporte-pièce, erreur grossière d’analyse, mépris total d’un semblant de véracité… tout cela dénote uniquement d’une volonté de détruire. Il s’agit là d’une pratique très répandue actuellement et qu’il ne faut jamais cesser de dénoncer : cette prise de parole au départ d’un sentiment, d’une émotion qui se nourrit elle-même – amplifiée par dieu sait quel carburant de frustration – qui, en s’étalant dans les journaux et sur les réseaux, contribue à nourrir une « fachosphère ». Une telle pratique fait tache d’huile et confisque trop souvent le débat d’idées, les conversations de fond, pour ne laisser place qu’à la haine.

Bien sûr, je déplore cette carte blanche, car la calomnie laisse des traces et elle fera son chemin dans l’esprit de ceux qui veulent ne voir en moi qu’un sale capitaliste, un homme infect, qui ne pense qu’à s’en mettre plein les poches au détriment des plus démunis, etc., etc.

Mais laissons cela, je veux finir sur une note constructive. Je remercie cette opportunité qu’on me donne de répondre, car elle m’offre la possibilité de dire que, OUI, je me bats, parce que j’estime infiniment ce métier et ceux qui le pratiquent. Et donc, je continuerai à m’exprimer contre les promesses non tenues, qu’elles soient faites à tout le secteur ou au Théâtre Le Public. Oui, je manifesterai et je protesterai encore contre des décisions qui me paraissent préjudiciables à tous ou à moi seul, et cela sans avoir besoin de faire partie d’aucun « lobby politique ». Je m’exprimerai toujours POUR. Pour le respect de la profession, pour son accessibilité au grand public. Pour que nous puissions poursuivre et présenter les meilleurs spectacles au plus grand nombre. Pour l’avenir des artistes surtout. Pour leur indispensable créativité. Pour que ces artistes puissent, en toute liberté, contribuer à nous offrir une lecture plus large, plus profonde et plus complexe de ce monde qui nous entoure et nous façonne.

Je profite encore de ces quelques lignes pour dire que je suis certain maintenant d’être bien entouré, et que ceux que j’aime et qui me comprennent me soutiennent indéfectiblement, tout en n’hésitant jamais à me critiquer ou à me remettre en question quand c’est nécessaire. Qu’ils en soient par ce biais remerciés.

Michel Kacenelenbogen