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A l’heure où, sur les plages italiennes, les parasols sortent de leur usage commun et permettent également de recharger son téléphone, mon expérience estivale fait tache d’huile au milieu de ces étendues de sable fin ultra connectées.

Le témoignage de Géraldine Liénart, psychologue clinicienne.


Douze août. Gare de Bruxelles-Midi. Les vacances sont à nos portes. La petite famille très enthousiaste. Bagages bouclés. A un détail près. Mon smartphone est tranquillement en train de charger sur le comptoir de la cuisine. Dialogue furtif avec mon conjoint : "Monte dans un taxi. Tu as le temps de faire l’aller retour." Départ du train dans vingt minutes, j’estime la marge trop serrée. Un pesant "Ça va aller?" laisse présager une épreuve à venir mais j’acquiesce vaillamment. La poste se chargera bien de me l’acheminer d’ici quelques jours. Par cette affirmation, je suis loin d’imaginer que l’attente serait plus longue que prévue, prolongeant pour le plus délicieux des plaisirs la portée libératrice de cette détox digitale fortuite.

Sans mon smartphone à portée de main, il y a moi (et mes deux mains libres) et ceux qui m’entourent. L’essentiel. Le pourquoi j’ai décidé de m’offrir une pause dans mon quotidien. Partager des moments inoubliables avec ma tribu au milieu d’un cadre idyllique.

Ayant posé mes valises dans un endroit reculé, me voilà coupée de tout fil d’actualité. Effet bulle. En position d’observatrice, le regard plongé vers l’horizon. Bien lovée dans mon cocon, je redécouvre le silence, l’inaction, la juste présence, la puissance du "hic et nunc". Laissant mon réseau social s’agiter. Loin de ses sollicitations intempestives, je renouvelle mon énergie au contact des miens et de la nature, dépolluant mon mental de toute agitation et futilités. A mille lieux de l’immédiateté, je baigne dans le temps suspendu. Les journées colorées s’écoulent, baignant dans une réjouissante nonchalance.

L’heure du petit paquet postal contenant l’objet de toutes les convoitises arrive. Effet jubilatoire rapidement dissipé. Je comprends alors que l’expérience se pimente: il me faudra à présent garder volontairement à distance cette possibilité de me connecter au monde des absents. Je m’abstiens de consulter mes emails mais ne résiste pas à l’envie de partager quelques sourires et clichés à mes proches en prenant de leurs nouvelles. Et me voilà déjà sollicitée par des planifications de rendez-vous, tombant dans le piège des projections qui sapent irrémédiablement le présent.

Alors volontairement, afin de faire perdurer les joies de cet oubli salvateur, j’abandonne mon smartphone sur un coin de table. Je prends la résolution dès la rentrée de ressortir du tiroir mon bon vieux téléphone.
Par ce geste, de me libérer de cette addiction sournoise.
D’offrir plus d’espace à mon intelligence intérieure, bien plus foisonnante que tout ce que la téléphonie moderne prétend m’apporter.