Opinions

Hugues Latteur est ingénieur commercial, ex-conseiller de fédérations industrielles et de cabinets ministériels, coordinateur de Quest, centre de qualité pour les énergies renouvelables.

Dernièrement, lors d’une discussion avec un voisin, celui-ci me fit amicalement remarquer que mes nouveaux panneaux solaires étaient bien jolis mais que je vivais sur le compte de la collectivité. "Oui, cher voisin, vous avez partiellement payé mes panneaux, au travers des réductions d’impôt et certificats verts octroyés par les pouvoirs publics, mais rien ne vous empêche d’en profiter également, et d’alléger ainsi votre empreinte écologique", pensais-je. C’était quelques jours après le tragique accident nucléaire de Fukushima. Je ne savais pas encore que, quelques semaines plus tard, le gouvernement japonais allait décider de créer un fonds alimenté par le budget de l’Etat pour indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire.

Mon voisin avait raison : le développement accéléré des énergies renouvelables en Belgique est le résultat d’une politique de soutien financée par le contribuable et les consommateurs d’électricité. En Belgique, les incitants publics à l’électricité d’origine renouvelable se sont élevés à 489 millions d’euros en 2009.

Mais quel est le coût réel de l’électricité nucléaire pour la collectivité ? Sujet complexe, ce qui ne facilite pas le débat démocratique, mais aussi tabou. La transparence va-t-elle enfin succéder à la culture du secret qui caractérise le nucléaire depuis si longtemps ? En Belgique, le prix de l’électricité inclut-il vraiment l’ensemble des coûts de la filière nucléaire ou bien le contribuable doit/devra-t-il y mettre de sa poche ?

L’électricité nucléaire est à l’origine de trois sources de coûts "externes", c’est-à-dire des coûts non intégrés dans le prix de l’électricité, mais à charge de la collectivité.

La première résulte du système unique dont bénéficie depuis des décennies le secteur électro-nucléaire en matière d’assurance civile : en cas d’accident nucléaire, la responsabilité de l’exploitant nucléaire est limitée à 297 millions d’euros par site, le solde des coûts de dédommagement des victimes étant à charge de l’Etat. Grâce à ce régime de faveur, le secteur réussit à limiter les primes d’assurance dues et c’est le contribuable qui risque de payer les dommages générés par une entreprise privée. La société Merill Lynch a provisoirement estimé la facture de l’indemnisation des victimes de Fukushima à 91 milliards d’euros minimum. Un installateur de panneaux solaires, quant à lui, doit assumer seul la charge de sa police d’assurance en responsabilité civile.