Opinions

Une opinion d'Ikram Ben Aïssa, professeure de religion islamique.

Les idées simplistes de certains politiciens détruisent tout le travail de nuance que moi et mes collègues effectuons dans les classes.


En tant qu’enseignante de religion islamique, j’ai depuis quelques années l’habitude de commencer mon cours par une leçon reliée aux identités. C’est un sujet important à mes yeux car, souvent, les apprenants ont tendance à se réduire à une seule chose : leur origine, leur hobby et la plupart du temps à leur religion… Et souvent, le fait qu’ils se réduisent à une seule identité est en lien avec ce qui se passe à l’extérieur d’eux-mêmes qui a, du coup, un impact au plus profond de leur être. L’actualité ou encore des discours simplistes de politiciens à la recherche de votes populaires, sont principalement à l’origine de ce comportement. C’est donc par cela qu’il fallait commencer et ce, afin qu'on arrête de croire que nous ne sommes qu’une seule chose, ici en l’occurrence : "musulmans" ou "pas musulmans".


"Les juifs évitent les conflits. C’est la différence avec les musulmans"
B. de Wever


Malheureusement, si mes collègues d’autres cours et moi-même arrivons à développer de la nuance et des approches complexes dans l’esprit de nos jeunes, il s’avère que des politiciens irresponsables se retrouvent tout de même à formuler des idées simplistes, réduisant les individus à une identité et plus que cela : à vouloir confronter certaines communautés à d’autres. 

Dans ce cas-ci, c’est le bourgmestre d’Anvers, Bart de Wever, qui oppose "les musulmans" aux "juifs" en attribuant une manière d’être aux uns et une autre manière d’être aux autres. Comme si la vie était aussi simple que cela. 

Comme si les individus étaient un phénomène homogène à observer sans prendre en compte la pluralité des facteurs qui rendent à l’individu ses particularités, ce qui fait qu’il est lui et personne d’autre et, surtout, sa possibilité de changer et d’être toujours en devenir. 

Un "musulman" et un "juif", ce sont avant tout des citoyens belges de ce pays qui apportent avec eux des richesses plurielles provenant des diverses identités qu’ils possèdent. Comme d’ailleurs les autres citoyens de ce pays.

Aussi, il serait enfin temps que les "responsables" politiques apprennent la notion de nuance et que cessent ces généralisations qui pourrissent les mentalités et qui expriment l’idée qu’un individu ne peut finalement être qu’une seule chose et c’est tout. Non: l’être humain est trop complexe que pour le réduire à sa religion, à ses origines ou encore à son identité sexuelle. Réduire une personne à "musulmane" ou "juive" est une insulte à ces communautés diverses et plurielles qui intègrent la société sans qu’elles n’aient à s’intégrer!

Le sociologue et écrivain Amin Maalouf le soulignait il y a de cela de nombreuses années : la représentation externe des individus par rapport à d’autres de leur semblable de par leur humanité commune, est un facteur qui peut clairement être une solution ou un problème, "car c'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c'est notre regard aussi qui peut les libérer" (1).

Aussi, si les discours simplistes et qui tendent vers la division des peuples sont médiatisés, il est important qu’à notre niveau, en tant que citoyens, nous puissions ensemble prouver que nous sommes bien plus que ce que l’on souhaite montrer de nous.


--> (1) Les identités meurtrières d’Amin Maalouf