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Une opinion de Patrick Namotte, consultant

Cette diabolisation est non seulement incorrecte mais, en plus, elle est contre-productive.

En Belgique, les relations avec les représentants syndicaux en entreprise sont-elles trop difficiles ? Les statistiques en la matière n’existent pas. Mais voici quelques éléments qui permettent d’analyser la situation.

En mai 2016, des élections sociales ont été organisées en Belgique dans près de 7 000 entreprises. A ces 7 000 entreprises, s’ajoutent celles où il n’y a pas d’élections sociales, mais une délégation syndicale. Cela concerne des entreprises où il y a un accord sectoriel pour ne pas organiser les élections sociales et les entreprises qui occupent moins de 50 travailleurs. En effet, dans la plupart des secteurs, il est possible d’avoir des délégués syndicaux bien en deçà de 50 travailleurs occupés. Nous pouvons donc faire l’hypothèse qu’il y a des représentants syndicaux dans plus de 7 000 entreprises en Belgique.

La plupart d’entre nous se font une idée des représentants syndicaux sur base de ce qu’ils voient ou entendent dans les médias, notamment en cas de grève ou de conflit social. Combien d’entreprises sont-elles citées dans les médias pour un incident social en Belgique sur une année ? 250 ? Soit une entreprise différente chaque jour ouvrable ? Faisons l’hypothèse qu’en moyenne, sur un an, 250 entreprises différentes seraient citées pour un incident social. 250 sur plus de 7 000, cela représente moins d’une entreprise sur 20, soit moins de 5 % ! Par ailleurs, les incidents sociaux évoqués dans la presse ont plusieurs origines qui ne relèvent pas du fonctionnement normal de l’entreprise, entre autres un non-paiement de rémunérations, une restructuration inattendue, une faillite ou une fermeture.

Ensuite, en octobre 2012, Jean-François Heris, alors président de l’Union wallonne des Entreprises (UWE) et président ainsi que CEO d’AGC Glass Europe, déclarait dans une interview : "Dans 95 % des cas, les relations syndicales se passent bien (avec les entrepreneurs) et c’est seulement les 5 % des cas où ça se passe moins bien qui donnent une image dramatique de la région (wallonne)."

Enfin, l’étude SD Worx/Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), effectuée auprès de 250 sociétés en Belgique, et publiée en mai 2016, va dans le même sens : plus de 90 % des sondés qualifient le climat social de "bon".

C’est que l’objectif essentiel des relations sociales est de permettre aux personnes de s’entendre sur les conditions de travail, et ce, à quelque niveau que ce soit. Dans l’entreprise, cette concertation est quasi permanente pour trouver un consensus sur tout ce qui n’est pas réglé par les conventions collectives de travail.

Ainsi, les représentants syndicaux apparaissent comme des partenaires potentiels. Intervenant comme consultant, orateur ou formateur en relations sociales, j’entends souvent des personnes diaboliser les syndicats ou leurs représentants. Sur base des sources évoquées ci-avant, nous pouvons déduire que cette lecture n’est pas conforme à la réalité. De plus, il est démontré que, au final, un a priori génère les attitudes ou comportements envisagés chez les personnes auxquelles il s’applique (l'effet Pygmalion-Golem).

Cette diabolisation est non seulement incorrecte mais, en plus, elle nuit à la qualité des relations sociales, elle est contre-productive.

Dans une grande majorité de situations, les relations se passent bien avec les représentants syndicaux dans l’entreprise. Les employeurs et les représentants du personnel y trouvent, ensemble, des solutions concrètes, adaptées à leurs circonstances spécifiques. Toutefois, lorsqu’il se produit, l’incident social est bien sûr difficile à vivre. Cela étant, il constitue une fantastique opportunité d’évolution pour l’entreprise. Ce signal doit alerter ses gestionnaires sur une nécessaire remise en question. Au-delà des apparences, il faut en rechercher les causes réelles et évoluer ! Et enfin, autre bonne nouvelle, les leviers de changement sont, pour l’essentiel, sous le contrôle des dirigeants de l’entreprise.

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