Opinions

Un témoignage de C., infirmière, publié sur le blog du médécin généraliste Baptiste Beaulieu (*).


Alors voilà, elle était infirmière. Elle a évité les services de psychiatrie, elle a travaillé en réa ,en chirurgie aux urgences, elle a mis tout son cœur à prendre soin de ses patients et de ses collègues avec une sensibilité particulière propre à ceux qui ont côtoyés la souffrance de l’esprit et de l’âme… mais elle a tout retenu… toutes ces phrases anodines que ses collègues ont dites sans savoir, ces phrases prononcées sur le ton de la plaisanterie… Ces adjectifs : fous, folles, tarés, employés pour désigner à chaque fois ces patients aux antécédents psys l’ont aidée à construire sa carapace pour que personne ne sache… puis un matin il y a eu ses collègues de nuit qui lui ont dit qu’ils ont eu peur d’aller dans la chambre de ce patient schizophrène pourtant il était calme et coopérant ( c’est ce qu’elle a constaté durant son tour).

Elle a donc demandé à ses collègues ce qu’ils auraient fait si ce patient avait été leur père : auraient-ils hésité à changer sa protection souillée ? ça en était trop, elle ne supportait plus cette banalisation indécente des troubles mentaux… parce qu’en vérité pour elle c’est sa mère qui est schizo… sa mère qui malgré la maladie l’a élevée, l’a poussée à faire des études, l’a aidée et soutenue dans ses choix….

Alors voila ce qu’elle vient dénoncer c’est la stigmatisation systématique de ces patients qui ne sont plus des personnes mais des fous des tarés, des criminels même…

L’exemple le plus probant c’est cette discussion entre soignant après la prise en charge au sein du service d’un homme violé qui ne souhaitait pas porter plainte et cette réflexion d’une autre infirmière qui trouvait dommage que ses agresseurs ne puissent être jugés et enfermés à "l’asile".

Il ne viendrait à l’idée de personne d’envoyer des criminels en diabétologie.

Cette stigmatisation est coutumière au sein de notre société qui se gargarise de ces faits divers mettant en scène des personnes malades (on l’oublie trop souvent). Certes le passage à l’acte est induit par la maladie et souvent par les conduites addictives qui y sont associés ou l’absence de traitement, mais cela est trop rarement cité.

Dommage pour ceux qui se soignent et font de leur mieux, et dommage pour leurs familles.


(*) : Ce texte a initialement été publié sur le blog "Alors voilà".