Opinions Ce serait se priver d’un lieu de dialogue et d’écoute entre les différentes options religieuses et convictionnelles d’une société. Ne tombons pas dans le piège des interprétations douteuses et simplistes. Une opinion de l'abbé Philippe Mawet, ancien responsable pastoral des messes radio et TV à la RTBF (1).

Avez-vous remarqué la façon dont certains hommes et femmes politiques font de la théologie ? Tout commence par l’interprétation, naïve sur le plan intellectuel, d’un ministre flamand de la Culture (!) qui a écouté la lecture biblique diffusée sur les antennes de la VRT le dimanche 26 août dernier lors de la retransmission de la messe télévisée.

"Femmes, dit saint Paul dans une lettre adressée aux chrétiens d’Éphèse de son époque, soyez soumises à vos maris." En fait, comme l’indique le contexte attesté par les exégètes dont la théologie est le métier, saint Paul ne veut pas parler ici de la situation du couple mais de la façon dont l’Église (encore naissante à cette époque) doit se comporter vis-à-vis du Christ reconnu - sur le plan de la foi - comme "la tête" ("le chef", diront certaines traductions) de l’Église. C’est donc pour expliquer cette relation de l’Église au Christ que saint Paul se sert de l’arsenal juridique dans lequel il peut puiser un exemple concret pour faire comprendre à ses lecteurs comment les chrétiens doivent se comporter vis-à-vis du Christ.

Demande au mari d’aimer sa femme

Il se fait que, de son temps, la loi civile qui régissait les relations de couple insistait sur une "soumission" de la femme à son mari. Ce propos est, bien sûr, heureusement inaudible à notre époque… mais c’était la réalité du temps de saint Paul qui ne fait qu’illustrer son propos par cette parole dans laquelle les destinataires de sa lettre pouvaient se reconnaître. Pour aller jusqu’au bout de l’interprétation du texte, il faut noter une nouveauté apportée par le texte biblique qui demande au mari d’aimer sa femme. Mais, une fois encore, saint Paul veut d’abord faire comprendre l’attitude du Christ par rapport à son Église.

© Dehon

Sans nier la bonne foi d’un ministre voulant mettre son zèle (sans doute quelque peu électoral !) au service de la bonne et juste cause de l’égalité entre l’homme et la femme, je constate que son incompétence théologique ne peut se transformer qu’en un discours idéologique, simpliste et caricatural. Un peu de réserve lui aurait permis de ne pas se lancer dans un argumentaire qui ne peut que flatter ou décevoir… en détournant "la vérité" dans laquelle s’inscrit le texte biblique incriminé.

Le piège des idéologismes réducteurs

Permettez à l’ancien responsable des émissions catholiques diffusées sur les antennes de la RTBF (au temps des émissions Le Cœur et l’Esprit) et, dans le même temps, responsable pastoral des messes radio et TV retransmises par le RTBF (en lien avec Le Jour du Seigneur sur France 2) d’inviter le ministre ainsi que tous les administrateurs et politiciens soucieux de la "bonne parole" de ne pas tomber dans ce piège de toutes les interprétations douteuses lorsqu’une prochaine messe télévisée retransmettra cette Parole du Christ dans l’Évangile : "Aimez vos ennemis." Je voudrais déjà anticiper ceux qui voudront interdire de telles paroles religieusement incorrectes dans le but de ne pas polluer l’antenne du service public que sont la VRT et la RTBF. Sachez-le en effet : il ne s’agit pas ici d’inviter les disciples du Christ à soutenir les terroristes et autres fanatiques de la violence en faisant de l’amour la justification de leurs actes barbares. Je ne leur ferai pas l’injure d’imaginer un tel propos de leur part. Sachez seulement qu’il vaut toujours mieux mettre l’intelligence au service d’une bonne connaissance de ce que veulent dire les textes plutôt que de tomber dans le piège des idéologismes réducteurs et simplificateurs. De plus, pour les chrétiens, le texte biblique demande d’être d’abord respecté au même titre d’ailleurs que le Coran des musulmans, que la Torah des juifs et que tous les autres textes sacrés qui disent un lien avec la transcendance sans lequel l’Histoire de l’humanité ne peut pas vraiment se comprendre.

Obscurantisme

J’ose croire - et mon expérience est là pour l’attester - que les messes radio et TV ont une place importante sur les antennes de la RTBF.

Au-delà des taux d’audience qui rejoignent davantage les chiffres des émissions spécialisées plutôt que les scores des émissions diffusées en prime time, les messes radio et TV témoignent de la dimension religieuse et spirituelle que l’on peut repérer à toutes les étapes de l’Histoire de l’humanité. Aujourd’hui ce patrimoine biblique - qui ne cesse de faire vivre tous les chrétiens - demande d’être respecté et, pour ce faire, bien interprété et compris. Il faut évidemment proscrire et interdire tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une invitation à la haine ou à la discrimination (et ceci devrait être valable pour toutes les émissions…).

L’avenir n’est jamais du côté de l’obscurantisme mais toujours du côté de la lucidité intelligente qui fait que le contexte d’une époque ne peut jamais devenir l’alibi pour justifier l’injustifiable ni pour condamner la démarche croyante qui ne peut se comprendre que dans l’intelligence d’une bonne interprétation.

Une conviction

Se priver, à l’antenne, de la retransmission des messes radio et TV ; ce serait se priver d’un lieu de dialogue et d’écoute entre les différentes options religieuses et convictionnelles d’une société qui ne peut occulter cette dimension priante dans laquelle beaucoup de nos contemporains peuvent se retrouver. Avec leurs questions certes mais aussi avec leurs convictions ouvertes et en lien avec les grandes questions de société et d’actualité.

J’ose croire que les messes (et les autres cultes reconnus dans notre pays) peuvent apporter cette couleur originale dans la grille des programmes. Ce n’est pas parce que c’est sans doute une des plus anciennes émissions de la chaîne qu’elle devrait être aujourd’hui supprimée. Loin de tout prosélytisme, si le culte fait partie du paysage de l’audiovisuel, c’est aussi le meilleur rempart contre tous les totalitarismes et contre tous les intégrismes… à condition de rester dans un réel esprit de dialogue. Pour moi, ceci est plus qu’une opinion, c’est une conviction tout autant que le fruit d’une longue et belle expérience.


(1) Et ancien directeur de la Radio-télévision catholique belge (Le Cœur et l’Esprit) intégrée aujourd’hui dans l’Association des médias catholiques (CathoBel).

Titre original : "Suppression des messes radio et TV : faut-il en rire ou en pleurer ?"