Opinions
Une opinion d'Alain Siaens, professeur hre de l'Université catholique de Louvain.


Cette intercommunale, monopole d’électricité, d’eau et de gaz, a créé un empire. Qui régule ?

Dans l’affaire Nethys Publifin, les commentateurs incriminent les comités inutiles, les rémunérations indues ou excessives, le manque de transparence et de contrôle. Philippe Busquin, ancien président du PS, y voit un scandale pire que l’affaire Agusta à cause de l’enrichissement personnel de mandataires publics. Mais en vérité, c’est l’empire créé à partir d’une intercommunale d’électricité, d’eau et de gaz qui pose question.

Quand une telle intercommunale - un monopole public - prélève davantage que des frais de distribution, elle lève une sorte d’impôt censé échoir aux communes et à la province de Liège. Cette rente monopolistique nécessite un régulateur. Dans ce cas, le régulateur bienveillant aura tendance à valider des augmentations de tarifs au motif de couvrir des hausses de coûts. Or, à l’abri de la concurrence, on contient moins les coûts et on répercute sur les consommateurs l’impôt qu’un gouvernement fédéral, lui, appliquerait sur ses bénéfices.

Les dirigeants de l’intercommunale liégeoise ont convaincu leurs collègues mandataires communaux et provinciaux de ne pas ristourner tous les bénéfices à leurs entités, mais de les réinvestir dans l’acquisition ou la participation dans des sociétés privées. La rentabilité présumée de celles-ci étant susceptible de distribuer aux pouvoirs locaux des dividendes supérieurs… à l’avenir.

Ce holding parapublic a ainsi accumulé des participations jusqu’à 100 % dans des sociétés privées censées être en synergie (on s’interroge pour les journaux "L’Avenir", "Nice matin", "La Provence"). C’est une manière d’étendre des pouvoirs et des rémunérations en dehors du contrôle du régulateur et d’évincer des investisseurs privés grâce à sa position de puissance publique et à un financement bancaire privilégié (via les garanties implicites). Les quelque 3 000 emplois au sein de la nébuleuse Nethys Publifin proviennent aussi des sociétés rachetées, pas seulement de leurs missions et activités originelles.

Cette affaire ne lèse-t-elle pas les communes et les consommateurs au profit de mandataires dirigeants ? L’initiative industrielle, qui est légitime, devrait plutôt se faire via des organismes spécialisés à cette fin, par exemple la SRIW.

Les collusions politico-économiques conduisent à l’inefficacité comme l’a notamment démontré l’épisode des illusoires nationalisations sous Mitterrand en France. En effet, les préoccupations des pouvoirs publics inspirées par le court terme - dû aux pressions électorales et syndicales - contredisent celles d’entrepreneurs privés motivés à maximiser la valeur ajoutée résiduelle après que tous les facteurs de production ont été rémunérés contractuellement aux prix du marché. Le ministre Marcourt a d’ailleurs suggéré que soit introduite en Bourse la partie du holding constituée de sociétés privées exposées à la concurrence. Comprenez que l’intercommunale devrait en revenir à son rôle de distribution d’électricité, de gaz et d’eau.

Publifin, Samusocial ou ISPC ne sont pas des accidents. Ces affaires découlent d’une sphère publique exagérément politisée qui, à travers cumuls, conflits d’intérêts et clientélisme, cherche sans cesse à s’étendre. Cette hypertrophie caractérise la Wallonie et Bruxelles. Trop d’élus et trop d’organismes parapublics et autres "bidules" y prolifèrent, éclipsant l’administration et dévoyant le service public. Un parti archi-dominant y a verrouillé la vie sociale et politique en imposant quantité de nominations. Que 700 cabinettards perdent leur emploi suite à l’éviction du PS, laisse pantois. Sortir de cet enchevêtrement et de cette subsidologie illusoire est une condition à l’indispensable redressement de l’économie wallonne. La nouvelle coalition tire des leçons de ces dérives, pas seulement concernant les cumuls et l’enrichissement d’élus, puisqu’elle envisage un dégraissage des institutions et d’organismes publics, une dépolitisation et une meilleure gouvernance publique. Un pas dans la bonne direction.