Opinions

YOLANDE ILIANO, Enseignante

Lors d'une conférence en juin 2002, François Heinderyckxs, professeur à l'ULB, affirmait que le journaliste n'était pas neutre et que personne n'était en droit de prétendre à l'objectivité d'un journaliste. Qu'en est-il alors d'un enseignant? Les autorités, les parents sont-ils en droits d'exiger l'objectivité lorsqu'un enseignant traite l'information? Celui-ci va devoir sélectionner, rejeter, hiérarchiser et traiter l'information retenue. Comment, ou plutôt sur quelle base va-t-il opérer, si ce n'est en faisant référence à un ensemble de valeurs qui déterminent sa personnalité? Ce qu'il choisit, ce qu'il dit, la façon dont il accueille ou rejette une information dépend de son bagage culturel, convictionnel. Il ne peut pas agir, coupé de ses racines. De plus, les jeunes recherchent plus que jamais, des adultes qui font des choix et qui osent les affirmer. Peut-être, n'approuvent-ils pas ces choix, cependant, ils apprécient des adultes responsables qui assument leur choix honnêtement, en reconnaissant les points forts et les points faibles qui en découlent. Oser se positionner, c'est assumer ses choix. Mais c'est ici que se situe la vraie question: comment l'enseignant, va-t-il se présenter à ses étudiants, à ses élèves? Il peut imposer ses idées par la force, la manipulation, en `intégriste´ (laïque ou religieux)? Il peut aussi témoigner de valeurs qui, à titre personnel, lui apportent épanouissement et sérénité. Enfin, il peut ajouter clairement qu'il existe d'autres chemins qui conduisent vers les mêmes aspirations et que ces choix sont tout aussi respectables lorsqu'ils respectent d'autres points de vue, en accord avec les droits de l'homme.

Malgré eux, les enfants baignent dans un climat de violence. Au quotidien, ils sont agressés par les infos qui s'imposent à eux, par les jeux, les romans, la publicité qu'on leur propose; en voiture... Lorsqu'on se donne la peine de les écouter vraiment, ils nous partagent leurs peurs et sont inquiets pour l'avenir. Ils aspirent à un horizon plus serein, un ciel bleu pour tous, qu'ils sont légitimement en droit d'espérer. Nous osions rêver à des jours meilleurs. Qu'offre-t-on à nos enfants en 2002? Des adultes qui se jouent de leur peuple en jouant une partie d'échec avec des pions vivants?

Face à ce besoin d'unité que recèle tout coeur humain, l'enseignant, comme le journaliste doit poser les vraies questions, les replacer dans un contexte historique, oser porter un regard différent et susciter un débat qui garantisse un espoir pour tous.

Eduquer par les médias pour ouvrir une fenêtre sur le monde. Eduquer aux médias pour éveiller l'esprit critique, en faisant découvrir les rouages qui sous-tendent l'information. Eduquer pour devenir citoyen en amenant les vraies questions!

Quel est donc le rôle du journaliste, du photographe, de l'enseignant, du parent? Est-ce utiliser une loupe au verre fumée pour (insidieusement) mieux dresser les personnes les unes contre les autres? N'est-ce pas ringard, alors qu'aujourd'hui, il est urgent de pratiquer une politique qui vise le long terme et l'harmonie entre les peuples pour une culture de paix et de dialogue?

Avec le soutien des ministres Nollet et Hazette et la participation de chercheurs (UCL-ULB) et de professionnels de la presse, une journée d'étude `Eduquer aux quotidiens, devenir citoyen?´ est organisée ce dimanche 17 novembre 2002 de 14 à 18 heures dans la salle Dupréel à l'ULB, 44, avenue Jeanne à 1050 Bruxelles. Rens: E-mailquotidiencitoyen@hotmail.com

© La Libre Belgique 2002