Opinions
Une chronique de Jan De Troyer.


En écoutant Theo Francken, on oublierait qu’il existe une autre Flandre, incarnée notamment par Bart Somers.

Ces derniers temps, le débat parfois houleux sur l’immigration semble malencontreusement être dominé en Flandre par une seule personne. Sachant parfaitement que nous vivons à l’ère où la provocation grossière est à la mode et avec sa physionomie digne de celle d’un abominable agent secret de Moscou dans un film d’Hitchcock, le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Theo Francken, cherche la popularité en jouant le rôle du méchant démoniaque. Certes, recommander à son collègue Steven Vandeput, membre de la même N-VA, d’arrêter les opérations de sauvetage en Méditerranée pourrait décourager quelques moutons de rejoindre la bergerie du Vlaams Belang.

Et comme nous vivons dans un pays aux circonscriptions électorales fédérales séparant le Nord du Sud, Monsieur Francken ne doit pas se soucier du fait que ses idées barbares confirment les préjugés tenaces des francophones d’une Flandre raciste. Theo Francken a le champ libre, car il n’existe actuellement pas de solution à long terme pour canaliser la croissance de la population mondiale qui, selon les Nations unies, proviendra pour cinquante pour cent de l’Afrique noire dans un avenir pas si lointain.

En écoutant Francken, on oublierait qu’il existe une autre Flandre, incarnée notamment par le bourgmestre de Malines, Bart Somers. Sans renoncer à la séparation entre la vie en société et la religion, sans transiger à propos de l’égalité des sexes au nom du relativisme culturel, M. Somers réussit à créer l’harmonie entre les 188 nationalités différentes que compte sa ville qui excelle par sa vitalité. Au sein de son parti, l’Open VLD, on organise même des journées d’étude à Malines pour découvrir comment gérer les questions urbaines.

Tout comme le cliché répandu au Nord qui veut que les Belges francophones soient fainéants, l’idée générée par Theo Francken d’une Flandre cryptoraciste qui manque de cœur est complètement fausse. Comment expliquer sinon les résultats du VDAB (Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling, Forem flamand) au niveau de l’emploi des demandeurs d’asile ? Deux ans à peine après s’être inscrits au VDAB, cinquante pour cent des réfugiés disposant d’un permis de séjour ont trouvé un job en Flandre. La Flandre est ainsi le meilleur élève de la classe, elle bat par ce résultat l’Allemagne et la Suède, traditionnellement championnes en la matière.

Il y a dix ans déjà, la Flandre a mis en place des parcours d’intégration civique obligatoires. A l’époque, certains médias du Sud y ont vu une nouvelle stratégie de "flamandisation". Il est vrai que pour l’élaboration de ces parcours d’intégration, la Flandre a pu profiter d’une longue expérience acquise au temps où elle espérait intégrer les francophones venant s’installer en Flandre. Aujourd’hui, personne ne contestera que l’apprentissage de la langue soit primordial pour l’intégration des primo-arrivants. Souvent, en à peine deux ans, certains maîtrisent mieux le néerlandais que certains francophones vivant depuis plusieurs décennies en Flandre. Les résultats flamands en matière d’emploi des réfugiés contrastent vivement avec ceux obtenus par exemple à Bruxelles, où, jusqu’il y a peu, l’idée d’intégration obligatoire appartenait à l’hérésie politique. Le nombre des réfugiés qui ont trouvé un emploi à Bruxelles est dramatiquement bas.

A Anvers, le début des vacances d’été a été marqué par une file de plusieurs centaines de réfugiés attendant dans la pluie d’un samedi matin pour inscrire leurs enfants à l’école d’été de l’association Atlas, qui propose avec succès des activités ludiques pour les enfants : du sport et, bien sûr, des cours de néerlandais. Ces primo-arrivants découvrent une Flandre très différente de celle de Theo Francken. A plus long terme, ce seront eux qui devront compenser le déficit démographique, ce mal funeste dont souffrent tous les pays européens.