Opinions

Une opinion de Jean-Luc Robert, juriste, fonctionnaire régional bruxellois et de Jacques Bourgaux, avocat honoraire au barreau francophone de Bruxelles.

Dans le quotidien "La Libre" du 16-06-2018, Philippe Van Parijs, fondateur à l'UCL de la chaire Hoover (nom d'un président américain non réélu notamment en raison de son inefficacité dans la lutte contre la crise qu'ont connue les USA dans les années 30) continue à prendre ses rêves pour des réalités.

En Belgique (et surtout à Bruxelles), tout comme en Europe, nous devrions nous réapproprier l'anglais qui deviendrait donc notre langue à tous, sauf dans l'espace privé. Dans le cas d'école de la Belgique, cela revient à reléguer en deuxième zone le français, le néerlandais et l'allemand.

Personne ne nie l'avantage intellectuel et souvent professionnel d'apprendre d'autres langues que celle pratiquée dans son pays, sa région ou au sein de sa communauté, et de l'anglais en particulier. Toutefois, substituer une langue en faisant fi de l'histoire de chaque peuple et donc de ses racines, de sa culture, de sa manière d'appréhender la vie, est une étape que seul souhaite, et à son profit, le monde anglo-saxon.

Et c'est oublier, pour ce qui concerne le français, que la Francophonie n'est pas une résistance de quelques villages gaulois mais concerne plus de 170 millions d'individus dans plusieurs pays d'Europe; d'Amérique et d'Afrique.

L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dans une vision multiculturelle, s'adresse aux pays francophones ou ayant la langue française en commun pour bâtir une véritable communauté francophone. En quelques dizaines d'années, elle est passée de 28 membres (pays ou gouvernements) à aujourd'hui 80.

C'est aussi oublier que pour tout citoyen européen, apprendre l'espagnol ne concerne pas seulement l'Espagne mais aussi une grande partie du continent latino-américain (et aujourd'hui même les USA).

Enfin, c'est oublier que l'allemand (que pratique aussi une des 3 communautés belges) reste l'une des 3 langues de travail de l'EU aux côtés du français et de l'anglais.

Des fomules chocs

Monsieur Van Parijs philosophe a-t-il perdu de vue dans sa réflexion que le Brexit sera une réalité d'ici peu enlevant à l'anglais toute nature pan-européenne (seulement en Irlande et à Malte, l'anglais est une langue nationale). Pour lui, la belle langue qu'est l'anglais telle qu'elle se pratique en Grande-Bretagne, au Canada, en Australie, ... se réduit au "globish" dit international.

Monsieur Van Parijs sait se vendre au plan médiatique dans toutes ses extravagances comme celle qui consistait à lancer, en 2014, un appel à tous les Bruxellois francophones pour qu'ils votent aux élections régionales pour des listes flamandes afin de faire barrage à la N-VA. Appel qui fut un échec. Ou encore, cette déclaration, en 2010, qui qualifiait les citoyens belges de la périphérie de Bruxelles de "colons" en oubliant que dans les six communes dites "à facilités" ils ne représentaient "que" 45 à 85% de la population.

Son idée fixe, qui vire à l'obsession, est d'affaiblir ses concitoyens francophones belges (surtout à Bruxelles) face à la communauté flamande, quitte à passer par une anglicisation générale de bon aloi.

Best regards to Mr Van Parijs (de Paris ?).