Opinions Une opinion de Henry de Harenne & David Weytsman


Sacrifiée, perdue? Des adjectifs que l’on associe fréquemment à notre génération. Nous sommes nés après le second choc pétrolier, entre la fin des années 70 et celle des années 90. La Génération « Y », héritière supposée de sombres réalités socioéconomiques : un marché de l’emploi morose, une croissance faible, une mondialisation parfois menaçante à laquelle notre modèle ouest-européen ne s’adapte que douloureusement. À ceci s’ajoutent un endettement excessif des finances publiques, ainsi que le poids et les doutes liés au financement futur de nos systèmes de pension et de santé. À la lecture de certains éditoriaux, nous serions ruinés pour les vingt à cinquante années à venir.

 

Ce fatalisme, qui n’est hélas pas propre à la Belgique, est inquiétant et lassant. « Inquiétant » car il n’est pas infondé, « lassant » car il déresponsabilise notre génération. La situation est certes difficile mais ce pessimisme ne doit pas gagner tous les esprits.

 

Au début des années 2000, lorsque l’Allemagne était considérée comme un mauvais élève européen, le Chancelier Schröder, social-démocrate, a osé une stratégie libérale à moyen terme l’Agenda 2010. Nous ne souhaitons pas débattre des mesures allemandes mais de l’importance d’appliquer un agenda national, au sein de notre état fédéral, définissant des objectifs précis et ambitieux, à moyen et long terme. C’est une garantie contre le pessimisme qui nous menace et les extrémismes qui s’en nourrissent. Nous plaidons pour une feuille de route pour faire de la Belgique de demain une terre d’investissements, d’innovation et de connaissance. Cet agenda doit être axé sur des priorités nationales pour préparer l’avenir : l’enseignement et la formation, la recherche et développement, la fiscalité et l’entreprenariat.

 

Tout d’abord, il faut armer de connaissances les jeunes belges. Quand un jeune bruxellois sur trois est au chômage, la question de l’urgence ne se pose plus. Les principes de notre système d’enseignement et de formation doivent être revus. Des formations en partenariat avec les principaux acteurs du marché du travail, les entreprises, non seulement pour encourager les jeunes qui le peuvent à exceller, mais aussi pour offrir aux jeunes sans diplôme des perspectives d’avenir. Depuis dix ans, les politiques d’enseignement visent davantage à assurer un égalitarisme excessif qu’à insuffler aux jeunes le goût de l’effort et du mérite. On débat du décret « inscriptions », paroxysme de l’idéologie égalitariste, on légifère sur le poids des cartables, sur les sodas… Alors que les jeunes ont besoin d’écoles au moins bilingues, ouvertes sur les nouvelles technologies, en lien avec les entreprises.

 

Une priorité doit être accordée à l’innovation. En 2012, alors que le niveau de Recherche et Développement atteignait à peine 2.2% du PIB belge (9ème place dans le classement européen) d’autres pays investissaient près du double. Pourquoi ne pas  devenir numéro « un » en Europe ? Nos atouts sont évidents. Des universités et des chercheurs de grande qualité. Des technologies, qu’elles soient développées par des sociétés privées ou des universités, jouissant d’une renommée internationale remarquable. Probablement jamais une génération n’a autant baigné dans la technologie que la nôtre. Investir dans la R&D, c’est une garantie d’avenir.

 

Finalement, alors que la Belgique connaît l’un des plus faibles taux d’entreprenariat en Europe, que de nombreux jeunes aspirent à créer leur activité mais n’osent pas – par manque d’information, de moyens ou par peur de l’échec – c’est toute une génération qu’il faut activement encourager à entreprendre. Notre prospérité en dépend. Nous plaidons pour une diminution radicale de la pression fiscale sur les travailleurs et les entrepreneurs, en particulier les jeunes, non seulement pour augmenter les salaires nets, mais surtout pour leur permettre d’investir dans leur carrière, de financer leurs premières entreprises, leur logement, leur véhicule. Il faut expliquer, dans toutes les écoles, que les petits entrepreneurs d’aujourd’hui créeront les grandes sociétés de demain. Il faut rappeler que ce sont les indépendants, les entrepreneurs qui sont les premiers pourvoyeurs d’emplois grâce auxquels tous les travailleurs créent de la richesse économique. Sans eux, il n’y aurait pas de budget pour rénover des routes ou construire des écoles.

 

L’avenir de notre génération, c’est aussi celle des générations futures, celles de nos enfants et petits-enfants. Nous n’acceptons pas que notre pays s’endette pour équilibrer ses dépenses courantes et financer son fonctionnement. Nous voulons générer de l’optimisme, de la confiance et de l’ambition, des valeurs fondées sur une croissance durable du secteur privé au profit d’un service public efficace. L’Etat doit se rapprocher des petites et grandes entreprises privées, appliquer des partenariats public-privé pour accélérer les investissements nécessaires, qu’il s’agisse de crèches, d’écoles, de maisons de repos, de lignes de métro... Nous plaidons pour un changement de mentalités, pour que chaque niveau de pouvoir se concentre sur ses missions de base et y excelle, tout en se délestant ou sous-traitant ce qui n’est pas prioritaire. Notre état doit encourager les jeunes à faire d’avantage que s’inquiéter pour leur avenir : le préparer !

 

Henry de HARENNE (Conseiller en entreprise, Conseiller Communal Woluwe-Saint-Lambert)

David WEYTSMAN (Economiste, Conseiller Communal Ville de Bruxelles, Président de la Fédération régionale des Jeunes MR de Bruxelles-Capitale)