Opinions
Une opinion de Charles-Hubert Remiche, juriste et ancien responsable des étudiants libéraux de Liège.

Pour restaurer l’œuvre politique, il faut miser sur le retour de l’idéologie. Affirmer des positions claires permettrait aux électeurs de choisir un cap différent si la situation l’exige.

Dans l’actualité de notre Royaume, rares sont les jours où nous ne sommes pas confrontés à des petites phrases et à des commentaires d’hommes et de femmes politiques davantage préoccupés par leur réélection que par la tâche qui leur incombe en vertu du mandat qu’ils ont reçu du citoyen. Evidemment, il est rationnel que le politicien cherche avant tout à se protéger et à pérenniser sa position, c’est dans la nature humaine et les hommes politiques ne font pas exception à la règle. Peut-être pourrions-nous espérer des mandataires plus intègres et volontaires mais au fond, nous avons les politiques que nous méritons; petite ambition, petite classe politique.

L’opportunisme politique

Cependant, en tant que citoyens, en tant qu’électeurs, en tant que contribuables, nous avons le droit d’être interpellés quand on constate que des représentants de l’opposition profitent d’une actualité dramatique pour faire leur promotion sur les réseaux sociaux comme une boucherie ferait la sienne à l’arrivée des beaux jours. Nous pouvons également être interpellés lorsque des responsables politiques émettent des propositions budgétairement irresponsables en vue de satisfaire leur appétit électoral. Ces mêmes politiques qui affirment l’inopportunité d’une réforme dans la rue alors qu’ils en reconnaissaient la nécessité lorsqu’ils étaient au gouvernement.

L’opportunisme est certainement un facteur expliquant ces comportements. Cependant cet opportunisme ne serait-il pas la conséquence d’un problème plus large ? Est-ce qu’au fond, à force d’arrondir les angles du discours politique afin de plaire à tout le monde, nous ne serions pas arrivés à un point où la différence entre les partis et les hommes politiques ne se limiterait plus qu’à une différence de couleurs et de slogans ? Des politiciens interchangeables au gré des humeurs d’électeurs mal informés ou, pire, désabusés par le monde qui les entoure.

Nous pouvons admettre et même comprendre ce désamour quand on voit le comportement de la classe politique qui se contente d’agir comme si elle était constamment en affaires courantes.

Mon propos n’est pas de plaider pour l’accroissement de l’action publique, on la retrouve déjà suffisamment dans des domaines où elle n’a rien à faire et dans lesquels l’initiative individuelle serait bien plus efficace. Il s’agit simplement d’un appel à une action plus efficiente et surtout nettement plus ambitieuse des institutions publiques.

Le retour de l’idéologie

Pour envisager la restauration de l’œuvre politique, nous faisons le pari du retour de l’idéologie. Quel en serait le bénéfice, me direz-vous ? Affirmer des positions claires et mettre en œuvre une politique déterminée et ainsi permettre aux électeurs de choisir un cap différent si la situation l’exige. Des politiques reprenant leur rôle de leader. Un rôle délaissé trop longtemps afin de faire régner le sacro-saint compromis.

Il est vrai que notre pays s’illustre en la matière; cependant l’excès de compromis a un coût, non seulement financier, mais également démocratique. Lorsque des partis, logiquement antagonistes, s’allient pour maintenir le système à flot, c’est la possibilité de sanctionner électoralement ces mêmes partis qui s’amenuise.

Dans ce genre de configuration, il n’y a pas de différence significative entre les deux principaux partis du sud du pays; d’un côté le Parti socialiste représentant une sociale démocratie moribonde tiraillée entre la volonté de mener un combat pour de nouveaux acquis sociaux financièrement intenables et la nécessité de réformer le système qu’ils expriment lorsqu’ils sont au gouvernement. De l’autre, nous avons le Mouvement réformateur, dont l’absence d’idéologie n’interpelle même plus le militant de base qui se contente d’ânonner des slogans creux. Un parti adoptant des comportements jadis vilipendés par plus d’un libéral et qui a abandonné l’envie de se battre pour ses idées par crainte de l’opposition. Pourtant, il y a fort à parier qu’une législature loin du gouvernement lui permettrait de comprendre la voie sans issue que représente son inconsistance doctrinale et ainsi assumer pleinement un rôle d’alternative politique dont les francophones ont besoin.

Le PTB exprime le mieux son idéologie

Je ne ferai pas l’offense à leurs membres et à leurs mandataires d’oublier les autres partis. Ainsi le CDH qui a réussi l’exploit d’atteindre l’extrême centre en incarnant merveilleusement le renoncement idéologique sous la houlette d’un président donnant l’impression d’agir à pile-ou-face et dont la loyauté s’apparente à celle de Talleyrand.

Ecolo, adepte des propositions recyclées, surfant sur la polémique comme une association estudiantine entre deux périodes de blocus pour se la jouer tendance et rebelle.

Enfin Défi, tentant de faire oublier son passé linguistique et de se forger une crédibilité en présentant d’autres propositions mais sans risquer de prendre une position trop ferme afin de demeurer le partenaire idéal mais toujours en arrière-plan, un rôle naguère tenu par les démocrates-humanistes.

D’aucuns auront remarqué l’absence du PTB. En effet, de tous les partis disposant d’un potentiel électoral significatif, il est certainement celui qui exprime le mieux un message idéologique. Ne vous méprenez pas sur mes intentions : mon propos n’est pas d’exprimer un quelconque soutien à leurs propositions, loin s’en faut; mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître leur capacité à affirmer des positions tranchées. Peut-être cette capacité disparaîtra-t-elle avec le temps et les compromis électoraux successifs, à l’instar d’Ecolo, mais à l’heure actuelle ce parti est le seul à tenir un cap idéologique.

Il faut moins d’ambiguïté

En conclusion, nous constatons que cette disparition idéologique concerne principalement la droite de l’échiquier politique au vu de l’actuelle recomposition du paysage politique à gauche. Peut-être le MR est-il satisfait de ses scores électoraux; auquel cas il se contenterait de peu quand on examine la concurrence au sud du pays. Peut-être est-il réellement honnête lorsqu’il affirme, haut et fort, incarner le centre droit sur l’axe politique traditionnel. Dans tous les cas, il y a actuellement un vide dans l’offre politique. Si les réformateurs ne veulent pas prendre le risque de se faire dépasser sur leur droite et par la même occasion voir émerger une concurrence comparable à celle que l’on retrouve dans d’autres pays européens; il serait temps d’affirmer une position moins ambiguë et nettement plus ambitieuse.

Le titre, le chapeau et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "La défaite des idées".