Opinions

Une opinion de Thierry Castagne, directeur général d’Agoria Wallonie.

Simplifier nos filières de formation et d’enseignement à finalité professionnelle pour les rendre plus efficaces et booster le taux d’emploi des jeunes: l’enjeu est de taille en Wallonie.
Faut-il aller jusqu’à la régionalisation de l’enseignement pour rapprocher les filières qualifiantes et de promotion sociale des matières régionales que sont la formation et l’emploi? La question est de plus en plus au centre de l’actualité.
Un énorme progrès consisterait à confier ces matières à un même ministre, qui ferait ainsi partie à la fois du gouvernement de la fédération Wallonie Bruxelles et du gouvernement wallon. Dès 2019.

Le monde de l’entreprise n’a pas vocation à se mêler de la tuyauterie institutionnelle dans un pays où la complexité l’emporte souvent sur la simplification, résultat de réformes issues de crises politiques et d’épisodes obligés de pacification communautaire. En l’occurrence, le débat sur la régionalisation de l’enseignement, sans nier sa légitimité, n’intéresse le monde de l’entreprise que s’il permet d’améliorer une situation qui, toutes les études le démontrent (PISA, OCDE, …), place notre Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) à un niveau international peu enviable.

Partant de ce point de vue pragmatique, nous sommes convaincus qu’une simplification institutionnelle qui placerait enseignement qualifiant, enseignement de promotion sociale, formation et emploi sous la responsabilité d’un(e) seul(e) et même ministre pourrait résolument contribuer à améliorer la qualité et l’efficience de notre système d’enseignement à finalité professionnelle et de formation. Pour rappel, l’enseignement qualifiant (technique et professionnel) ainsi que l’enseignement de la promotion sociale relèvent actuellement de la FWB, tandis qu’en Wallonie, la formation professionnelle (Forem) et l’emploi dépendent de la Région wallonne.

Pas le luxe de gaspiller les ressources!

Actuellement, l’éclatement des compétences entre différents niveaux de pouvoir, ministres, pouvoirs organisateurs, administrations et organismes d’intérêt publics ne facilite assurément ni la cohérence, ni la lisibilité et encore moins l’efficacité du système. Pire, il conduit à un gaspillage de ressources en temps et en argent dont nous ne pouvons plus nous accommoder dans un contexte où nos institutions, suite notamment à la dernière réforme de l’État, doivent faire face à une pression budgétaire croissante.

Prenons quelques exemples, vécus au quotidien, qui illustrent cette dispersion de moyens.

La formation en alternance est organisée dans l’enseignement qualifiant (donc en FWB) au sein des CEFA (Centres pour la Formation en Alternance) et via l’immersion dans l’enseignement de plein exercice. Elle est aussi organisée au niveau régional wallon au sein de l’IFAPME et du FOREM. Soit 4 filières d’alternance sous la responsabilité de deux autorités ministérielles!

Par ailleurs, l’accès indispensable des élèves de l’enseignement qualifiant aux centres de compétences wallons (partenariats exceptionnels entre secteurs professionnels – Forem – enseignement) qui disposent d’infrastructures de pointe au niveau des équipements, des formations et des pédagogies, n’est pas facilité compte tenu des interventions nécessaires des différents niveaux de pouvoir, l’un dépendant de la FWB, l’autre de la Région wallonne.

Dans ce labyrinthe institutionnel, on devine que la seule définition de profils professionnels, de programmes et de certifications de compétences communs aux différents opérateurs des différents niveaux de pouvoir nécessite un investissement et des délais disproportionnés.

Des exemples de ce type sont légion, en dépit d’accords de coopération, comités de concertation, service francophone des métiers et des qualifications, office francophone de la formation en alternance, etc. qui font pour le mieux pour dompter la complexité.

Donc oui, confier le pilotage du tout à une seule et même autorité, avec une approche cohérente, efficiente et volontariste pour booster la formation professionnelle initiale et l’emploi des jeunes, serait déjà un fameux pas dans la bonne direction. Alors, un(e) seul(e) et même pilote pour l’enseignement qualifiant, la promotion sociale, la formation et l’emploi, dès les futures coalitions qui seront issues des élections régionales de 2019: une utopie, vraiment? Rappelons simplement que ce fut déjà le cas par le passé pour d’autres compétences à la fois communautaires et régionales, comme la recherche ou les relations internationales par exemple.

Notons enfin que cette simplification conduirait également à une réduction du nombre de ministres responsables de ces matières, passant de 5 actuellement (enseignement obligatoire, enseignement de promotion sociale, enseignement supérieur, formation/emploi en Wallonie et formation à Bruxelles) à 4 à l’avenir (enseignement obligatoire général; enseignement qualifiant-promotion sociale-formation/emploi en Wallonie; enseignement supérieur, formation à Bruxelles).