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ENTRETIEN

U n geste fort.» Pour le ministre belge responsable de la Coopération au développement, Armand De Decker (MR), la décision prise par les ministres des Finances du G 8 est «une très bonne nouvelle: cela participe aux énormes manoeuvres qui ont lieu, pour le moment, dans le monde du développement», dit-il.

Comment analysez-vous la remise de dettes pour 18 pays, décidée à Londres?

Ils ont clairement voulu récompenser les pays qui se prennent en charge et c'est une bonne politique. C'est une approche anglo-saxonne, évidemment. On soulage les pays qui ont pris leurs responsabilités en espérant que cela encouragera les autres à suivre cet exemple. Et on vous fait une remise de dette à condition que ce que vous ne payez pas, vous le réinvestissiez dans le développement.

La bonne gouvernance est-elle la clé du développement?

La bonne gouvernance est un critère majeur de développement. Et les pays pauvres ont la responsabilité d'établir des plans de développement de leur pays, reconnus et admis par les organismes internationaux, comme étant des plans efficaces de redressement. C'est une bonne politique d'encourager les pays qui sont les mieux gérés. Dans tous les cas de figure, il faut tout le temps insister sur la bonne gouvernance. Certains pays sont plus corrompus que d'autres: ceux-là ne doivent pas être récompensés par une remise de dette.

Mais ce n'est parfois pas les pays qui sont dans les situations les plus extrêmes qui sont aidés en priorité...

C'est vrai. Et il faut donc faire attention à ne pas oublier les autres pays les plus pauvres et très endettés (PPTE). Enfin, il s'agit encore de ne pas oublier, non plus, les pays fragiles, comme la République démocratique du Congo, qui sortent de conflits.

Une remise de dette, cela peut-il véritablement donner des ailes à un pays pauvre?

Le faire décoller, non. Mais si on fait l'addition des sommes que les pays du Sud remboursent annuellement aux pays du Nord, ces montants sont plus importants que les budgets d'Aide au développement du Nord à destination du Sud. Donc, le remboursement de la dette grève lourdement leurs finances publiques.

Actuellement, les idées pour contribuer au développement fusent de toutes parts. A quoi est-ce dû?

La vérité, c'est qu'il y a une véritable prise de conscience que si on ne développe pas des moyens beaucoup plus considérables pour le Sud et si on ne donne pas un avenir aux jeunes générations du Sud, on prend le risque d'une pression migratoire insupportable.

Potentiellement, tous les habitants de l'Afrique subsaharienne ont vocation à venir vers l'Europe. C'est intenable! Cette pression, vous la ressentez quand vous allez dans les villages les plus pauvres d'Afrique sans eau ni électricité. Au milieu de ces villages, vous trouverez une antenne parabolique. Ils voient tous l'Occident et ils ont tous envie de s'y rendre. C'est l'un des aspects de la globalisation. Et on ne va pas arrêter cela avec des troupes armées. On n'a pas envie de changer nos régimes politiques qui sont des régimes d'ouverture, de liberté et de tolérance pour bloquer la pression migratoire.

La seule solution c'est de donner un avenir à ces jeunes générations chez elles.

© La Libre Belgique 2005