Opinions

Une opinion de Xavier Deutsch, écrivain, en réaction au projet de loi sur les visites domiciliaire chez les sans-papiers.

Le nom de Paul Didier vous dit-il quelque chose ? Lisez d’abord ces lignes, je donnerai la réponse à la fin.

Je résume : il existe quatre guerres au Soudan, il en existe une autre en Irak, une autre en Syrie, une autre au Yémen, une autre en Afghanistan. La rétorsion politique écrase les peuples d’Egypte, d’Erythrée, d’Ethiopie. La sècheresse, aggravée par le dérèglement climatique, crée la misère et la famine dans de nombreux pays du Sahel. En Belgique, il neige.

Il neige en Belgique et des centaines de femmes et d’hommes, après avoir forcé des frontières, traversé des déserts, évité les marchés d’esclaves, été rançonnés par des passeurs, franchi une Méditerranée, bravé les routes d’Italie et de France, aboutissent dans un coin de Parc à Bruxelles-Ville. La plupart tentent le passage au Royaume-Uni, ça les regarde.

Nous, ce qui nous regarde, c’est que ces gens sont là. Dans un Parc. Il neige. Ces gens ont faim, ils ont froid, ils ont peur. Le seul endroit où ils reçoivent un repas, un lit chaud, et de la sécurité, ce sont les centaines de maisons des centaines de familles qui les hébergent à Bruxelles, à Rixensart, à Namur, à Charleroi… Vous êtes au courant : Hébergement plateforme citoyenne. Des Belges qui savent très bien qu’ils ne fermeront pas les marchés d’esclaves en Libye, ni n’arrêteront la guerre en Syrie, ni ne feront taire Donald Trump, mais qui ne se résignent pas. Ces Belges font la seule chose qui soit à leur portée, mais ils la font : accueillir pour une nuit, deux nuits, quatre nuits, des gamins venus à pied de Somalie et du Soudan.

La Belgique possède un avantage : contrairement à ce qui a lieu dans les pays voisins, l’accueil est chez nous légal. On ne peut pas incriminer un citoyen qui héberge un réfugié. Si un policier se présente à votre porte pour alpaguer un invité en situation illégale, il doit être muni d’un mandat délivré par un juge d’instruction. Sans ce mandat, le policier ne passe pas, ne franchit pas la porte. Or un juge n’est autorisé à délivrer un mandat de visite domiciliaire que pour des cas graves, de terrorisme, de grand banditisme.

Le secrétaire d’Etat Francken veut changer cela. Le secrétaire d’Etat Francken ne supporte pas l’idée qu’un réfugié se trouve là, derrière cette porte, et qu’il ne puisse pas

l’arrêter. Le secrétaire d’Etat Francken a donc déposé en Commission de l’Intérieur un projet de loi visant à permettre aux juges de délivrer des mandats pour des cas aussi mineurs que l’interpellation d’un réfugié sans papiers. Un mandat resterait donc nécessaire mais son champ d’application serait considérablement étendu. Le secrétaire d’Etat Francken met une application touchante à faire en sorte de parvenir toujours très vite au célèbre point Godwin.

Ce projet de loi devait être examiné en Commission ce mardi 12 décembre. La neige en a reporté l’examen au début de l’année prochaine : c’est à l’agenda de la Commission de l’Intérieur de la Chambre au 23 janvier.

Ce petit mot s’adresse aux députés qui auront à s’intéresser à ce projet de loi. On en appelle à leur sens de la dignité. Si leur sens de la dignité ne devait pas suffire, on leur murmure ceci : la plateforme citoyenne compte aujourd’hui plus de 30 000 membres. La plateforme elle-même et toutes les autres associations qui travaillent dans le même sens coalisent un intérêt, une sympathie, une adhésion qui vont en grandissant chaque jour. Si un député devait évaluer ce projet de loi avec un regard électoraliste, qu’il se souvienne de ces chiffres.

Tous, un par un, nous écouterons leurs prises de position, nous scruterons leurs votes, nous étudierons leurs attitudes. En octobre prochain, nous voterons.

Le secrétaire d’Etat Francken durcit chaque jour une politique déjà inhumaine : il collabore avec les dignitaires d’un état violent et corrompu, il organise des opérations de police brutales, des rapatriements illégaux, des manoeuvres de toutes natures et généralement indignes. Il déshonore notre pays. Et c’est à vous, Mesdames et Messieurs les députés de tous bords, qu’il appartient de le contenir.

Paul Didier était un magistrat français. En 1941, lorsque la magistrature a été sommée de prêter un serment de fidélité au président Pétain et au gouvernement de Vichy, Paul Didier a été le seul et unique juge à refuser. C’est son nom que l’Histoire a retenu, pas celui de ceux qui se sont incliné