Opinions

Depuis Vatican II, l'Eglise a fourni un effort considérable au plan de l'oecuménisme. Rares sont ceux qui oseraient mettre en question une telle démarche, d'autant plus que la volonté expresse de Jésus, formulée en sa prière, est que tous ceux que le Père lui a donnés soient un dans l'union avec Lui. Certes, plus d'entente et d'amitié entre catholiques et protestants est un bien: mieux vaut se parler dans un climat chaleureux que conflictuel. Cependant, si cette amitié ne s'accompagne pas d'honnêteté dans le partage des convictions, l'oecuménisme devient un simple exercice de diplomatie. Les dures expressions de «Dominus Iesus» à l'égard des Eglises considérées comme «déficientes», même si elles font de la peine, ont au moins le mérite d'un franc-parler rafraîchissant et nécessaire: on sait à quoi s'en tenir, à la lumière de cette déclaration officielle du Magistère catholique.

Quant aux églises protestantes qui ne sont «pas encore» en pleine communion avec l'Eglise catholique romaine, elles se sentent critiquées aussi longtemps qu'elles ne se soumettent pas au «souverain pontife». Mais il faut dire, pour rester dans ce climat de clarté, que les protestants, dans leur majorité, seront toujours opposés à cette obéissance au Pape. La pierre où s'achoppera toujours toute entreprise visant à unir les deux communions est celle de la source d'autorité. Pour les protestants, le Christ est seul Chef de l'Eglise et l'Ecriture seule fait autorité. Selon ces convictions ils se voient obligés de refuser la direction infaillible du Pape et l'autorité finale du Magistère catholique. Tout autre désaccord de doctrine découle de cette différence finalement inconciliable. L'effort au plan oecuménique souffre non seulement de cette impasse, mais souvent il se fonde aussi sur une exégèse insuffisante de la prière de Jésus en Jean 17. Sa prière vise spécifiquement l'unité d'un groupe particulier: «ceux que tu m'as donnés». Il s'agit d'un ensemble à qui la vie éternelle est donnée (v.2), c'est-à-dire «tous ceux qui croiront en Moi par leur parole» (v.20). Jésus demande leur mise à part par la proclamation de la vérité évangélique pour être un peuple saint (v.17); pour leur union avec Lui et avec le Père (v.21); pour leur unité entre eux (v.23) et enfin pour leur accession à la Gloire céleste (v.24). Jésus ne prie pour rien moins que pour la réalisation complète du salut de tous ceux qui se retrouveront unis dans sa présence glorieuse pour l'éternité. Cette prière, comme toutes celles de Jésus, sera certainement exaucée, car le Père répond à toutes les prières de son Fils (Jn 11,42); leurs désirs s'accordent dans la même volonté. En réponse à cette prière, Dieu est en train d'appeler et de sauver ceux qui partageront cette gloire, son «Eglise glorieuse». C'est cet ensemble des rachetés, l'unique Eglise de Jésus-Christ, qui possède la vie éternelle et sera uni dans cette gloire à venir. Car il n'y a qu'un Temple où l'Esprit Saint demeure (Eph 2,21-22). Il n'y a qu'une seule famille regroupant tous les enfants dont Dieu est le Père. Il n'y a qu'un seul troupeau dont Jésus est l'unique Bon Berger. Il n'y a qu'un seul «corps de Christ» où tous les membres sont «en Christ», spirituellement unis à Christ en réponse à sa prière, «Père, qu'eux aussi soient un en nous» (v.21). Il n'y a donc qu'une seule Eglise que Jésus a aimée comme un mari son épouse, et pour laquelle il s'est livré lui-même à la Croix afin de la présenter devant lui «sans tâche ni ride ... sainte et sans défaut» (Eph 5,25-27). Cet ensemble mondial de convertis n'est pas avant tout une organisation structurée en hiérarchie, mais un organisme rendu vivant par l'Esprit. C'est pour cela que les épîtres appellent les chrétiens non pas à créer mais à «conserver l'unité de l'Esprit» (Eph 4,3). Cette unité spirituelle est créée par l'Esprit Saint qui donne la vie à toutes les cellules du corps de Christ. La troisième personne de la Trinité est donc le facteur sine qua non de l'unité chrétienne. Elle constitue cette unité, et cette dernière existe d'office entre ceux que l'Esprit a fait renaître par la foi en Christ, pour former un seul corps. La véritable unité n'est pas une question de structures, ni le fruit de documents théologiques habilement tournés pour permettre à différentes parties de s'y retrouver en les lisant différemment. Non, elle se vit entre chrétiens «nés de l'Esprit» qui partagent une expérience réelle de la vie dans l'Esprit. Leur unité a comme base leur foi entière au Christ, selon le témoignage des apôtres qui, sous l'inspiration de ce même Saint-Esprit, nous ont laissé la parole de Dieu sous forme immuable: le Nouveau Testament est l'autorité finale auquel tout chrétien peut se référer et constitue un critère objectif nécessaire pour l'unité chrétienne. Finalement, cette unité est le fruit de l'Esprit Saint répandant dans nos coeurs l'amour divin, attestant au monde que nous sommes ses disciples (Jn 13, 34-35). Là où cette unité est vécue, le monde environnant croira que le Fils envoyé par le Père est effectivement le Sauveur du monde.

© La Libre Belgique 2001