Opinions

Une opinion de d'Antoine de Borman, directeur du centre d'étude d'études politiques, économiques et sociales (Cepess).


Oui, il est possible d’être un homme et d’être féministe. Avec un point de départ différent que celui des femmes, sans aucun doute.

Mais féministe dans la volonté farouche de construire une société égalitaire entre les femmes et les hommes, de combattre les discriminations et de veiller à ce que chaque femme ait les mêmes chances d’émancipation et de dignité que les hommes. Homme et féministe, parce que la construction d’une société émancipatrice pour chacun passe forcément aussi par les hommes. Parce que faire reculer le machisme ou le sexisme nécessite aussi une masse critique d’hommes qui refuse ces comportements. Et si le 8 mars, la parole est aux femmes, il peut aussi être utile dans les jours qui suivent de donner la parole aux hommes qui s’associent à ce combat.

Depuis 30 ans, le nombre de femmes qui occupent un emploi a presque doublé. Le taux d’emploi est passé de 36,3% en 1983 à 57,6% en 2017. Et même si ces chiffres cachent des inégalités sur le type d’emploi et la rémunération, ils traduisent également le souhait de participer davantage au marché du travail et à la société dans son ensemble.

Un nouveau combat

Ne faisons pas comme si cette évolution, nous pouvions la regarder d’un œil sans reconnaitre qu’elle impacte fondamentalement la vie des hommes, nos représentations mentales et notre organisation quotidienne.

Cette évolution a fait émerger de manière parfois virulente un nouveau combat : celui de la répartition des tâches ménagères et de la charge mentale qui y est associée. Nous sommes tous dotés de deux bras, deux jambes, un cerveau. Nous avons les mêmes capacités fonctionnelles à réaliser les tâches les plus courantes. Pourtant, la répartition de ces tâches reste, dans beaucoup de ménages, inégalitaire. Et souvent, aussi, genrée : si l’homme est prêt à préparer le repas, combien s’occupent réellement du linge ? Le résultat de cela est que beaucoup de femmes sont aujourd’hui confrontées au burn-out parental.

Dans ce combat pour la répartition des tâches, beaucoup se passe autour de la naissance du premier enfant. La préemption de la charge mentale du ménage commence souvent là. Combien de pères se préoccupent avant la naissance des vêtements que portera le nourrisson ? Voilà pourquoi le congé de paternité doit être imposé aux pères : pour favoriser au plus tôt le partage de la charge mentale.

La réalité c’est que notre cadre de référence a explosé. Cette évolution nécessite de reposer le cadre, de redéfinir l’équilibre subtil et toujours fragile, propre à chaque famille, chaque couple. La première étape est d’abord de reconnaitre les mécanismes qui sont à l’œuvre. De prendre conscience, par exemple, que des situations déséquilibrées, acceptées pendant un temps, peuvent devenir des chaînes sur le temps long.

Nombreuses implications économiques et sociales

La deuxième étape est de prendre conscience du lien entre les situations intimes de chaque famille avec l’organisation de la société. La question du partage de la charge mentale a en effet des implications macroéconomiques, macrosociales. 

Tant que la répartition des tâches reste déséquilibrée, on trouvera cela normal que l’école termine à 15h30. Le combat pour le développement d’un accueil extrascolaire de qualité pour chaque enfant est donc aussi un combat féministe. Pour que, aussi, le système fiscal accompagne ces évolutions : les enfants à charge peuvent être portés au bénéfice des deux parents et pas uniquement à celui qui a les revenus les plus élevés. Ou encore dans le domaine des pensions : pourquoi ne pas prévoir un partage des droits à la pension associé aux années où la diminution du temps de travail de l’un permet l’investissement professionnel de l’autre ?

Répartir équitablement les compétences

Nous approchons des élections communales. Et dans certaines communes, la répartition des compétences entre les hommes et les femmes reste très genrée… Sur les 19 communes bruxelloises, il n’y en a que 3 où la compétence de la petite enfance est exercée par un homme. Et sur toutes les communes bruxelloises, il n’y en a que 3 où les Finances sont gérées par une femme. 

Y a-t-il une raison génétique qui expliquerait que les hommes sont incapables de s’occuper des petits enfants et que les chiffres resteraient des abstractions obscures pour les femmes ? Non bien sûr. Nous avons, récemment, gagné le combat d’une répartition plus égale des femmes et des hommes au sein des collèges communaux. 

Nous devons aussi réussir celui du type de compétences qui se partagent entre les deux. Parce que ce qui est vrai pour la lessive ou l’achat de chaussures pour ses enfants est également vrai pour les compétences communales. Les compétences peuvent se répartir équitablement, sans considération pour le sexe de leur titulaire. Là aussi se joue le combat pour la répartition des tâches.