Opinions
Une opinion de Walter Feltrin, entrepreneur et cofondateur du parti Oxygène. 


Réponse au jeune Olivier Collin qui s’interrogeait ici à ce propos. Il faut changer le mode de gouvernance oligarchique. Appel à la génération Y !


Faut-il encore s’engager en politique ? C’est la question que s’est posée Olivier Colin, jeune ingénieur de gestion et économiste dans une opinion parue dans "La Libre" le 31 janvier dernier.

Barbara, qui est mon épouse, et moi, nous nous sommes posé cette question pendant plusieurs années. Et cela a donné lieu à des échanges animés entre nous. Non pas sur la nécessité de le faire, mais sur l’impact que cela allait avoir sur nos vies. Et cela nous faisait, et nous fait encore, très peur.

La balance a penché. En août 2017, nous avons décidé de fonder un parti politique. Pourquoi ? Je codirige avec mon frère plusieurs entreprises en Wallonie. Barbara est enseignante en fin de carrière. Financièrement, nous sommes à l’abri. Nous avons 5 enfants et 8 petits-enfants. Les moteurs évoqués dans l’opinion d’Olivier Colin, à savoir argent et pouvoir, ne sont pas les nôtres. Nous n’avons besoin ni d’argent, ni de reconnaissance. Nous n’avons plus rien à prouver.

Alors pourquoi s’exposer, pourquoi passer nos soirées et nos week-ends à écouter, à essayer de convaincre des personnes, pour la plupart déboussolées par notre société dont elles ne comprennent plus le sens ? Nous, qui ne sommes pourtant pas de la génération Y, mais dont nos enfants font bel et bien partie, nous nous retrouvons pleinement dans la troisième motivation évoquée dans l’opinion, à savoir "défendre l’intérêt général en partageant ses convictions, ses valeurs et son sens de l’éthique". Et j’y ajouterais même le devoir moral envers les générations montantes.

Mais je reviens à la question principale. Faut-il s’engager en politique ? D’après nous, il est capital de le faire. Notre société dysfonctionne à tout va. Inutile de s’étendre là-dessus, tout le monde s’en rend compte. D’autre part, la révolution numérique est pour demain, elle est même déjà chez nous. Notre société va subir une transformation majeure. Cela risque de se traduire par un tsunami social. Il n’y a pas de solution toute faite. A minima, il faut que la classe dirigeante soit visionnaire, courageuse, intelligente, performante dans les choix qu’elle pose et en phase avec sa population. Mais c’est compter sans le rouleau compresseur que représente notre particratie. La grande majorité des élus se préoccupent avant tout de se faire réélire, d’occuper des places en vue, d’obtenir de bonnes rémunérations, de servir leur parti avant l’intérêt général… Avec de tels objectifs, ils ne peuvent prendre que des décisions à court terme, molles, inefficaces, qui ne bousculent pas leurs intérêts.

Et qui va payer le prix de ce mode de gouvernance oligarchique ? D’abord les plus fragiles : les pauvres. Il y en a un million en dessous du seuil de pauvreté en Wallonie-Bruxelles. Mais aussi les familles monoparentales, les accidentés de la vie, les malades de longue durée… Ensuite, plus globalement les jeunes. Peut-être vous Olivier ? Ou Max, ou Alice, ou… Surtout si la famille ne peut pas aider financièrement. Et enfin, ceux qui arriveront après vous, vos enfants, petits-enfants ?

Changer Paul par Jacques ne suffira pas, changer simplement les mesures envisagées ne suffira pas. Il faut un changement radical des mécanismes qui amènent les gens au pouvoir et qui leur permettent de s’y maintenir quasi indéfiniment. Oui, oui, il faut, plus que jamais, s’engager en politique.

La création du parti nous fait vivre une aventure humaine extraordinaire, il y a des gens bien partout, de nombreuses personnes désireuses d’une autre société, y compris parmi ceux qui s’engagent en politique et qui doivent affronter, quotidiennement, l’univers concurrentiel du monde particratique.

Le changement n’adviendra que si tous ceux qui font partie de la génération Y, et tous ceux qui croient à plus d’éthique, de transparence et d’équité, pèsent de tout leur poids dans une réforme politique devenue vitale pour notre société. Seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin !