Opinions

Une chronique d'Eloy Romero-Muñoz, enseignant de néerlandais dans le qualifiant.


L’accompagnement des personnes sceptiques sera la clé de ce Pacte, cette réforme aussi nécessaire que décriée.


Le lot de toute pensée alternative est de faire face à une opposition farouche. Ce qui est vrai au niveau sociétal l’est plus encore dans le microcosme de l’enseignement. Un énième changement de paradigme qui chamboulerait tout, vous n’y songez pas !

Quand on y regarde de plus près, pourtant, bien des réformes relèvent davantage de l’évolution que de la rupture, de l’alternative plutôt que de la transgression. Prenons le très décrié "Pacte pour un enseignement d’excellence".

Il y a bien des aspects problématiques à cette réforme. Citons par exemple la liberté qui est laissée aux Pouvoirs Organisateurs de bidouiller les grilles – et par la même occasion les parcours scolaires, une flexibilité qui risque d’accentuer le marché scolaire et l’enseignement à plusieurs vitesses. On pourrait également pointer le flou qui règne autour de certaines mesures comme l’augmentation du nombre d’heures de langues modernes dans l’enseignement fondamental à l’heure ou l’on ne parvient pas à assurer les cours déjà à l’horaire.

Toutefois, de toutes les critiques formulées à l’encontre de cette réforme, il semble que le supposé "progressisme pédagogique" qui le sous-tend soit la moins fondée. En effet, la logique du Pacte s’inscrit dans la lignée du décret "missions", un texte qui a récemment fêté ses 20 ans ! La place plus importante accordée aux savoirs de bases passe souvent pour une sérieuse remise en question de l’approche par compétences alors même que l’on n’a jamais prétendu qu’il fallait oublier les savoirs dans le cadre de cette approche. Les grilles horaires, certainement dans les versions dévoilées récemment dans la presse par la Ministre Schyns elle-même, sont loin de casser les codes d’un enseignement essentiellement présentiel et statique en mode "tous en classe au même moment à faire plus ou moins la même chose". L’allongement du tronc commun consiste lui en l’ajout d’une année à ce que l’on fait déjà… c’est-à-dire bien peu au regard de la contestation farouche qui s’organise de toutes parts à ce propos. Shakespeare aurait dit : "Much ado about nothing (1 )".

On pourrait discuter du concept d’inefficacité, ce qualificatif si souvent attribué à notre système par les études nationales et internationales. Inefficacité à réduire les inégalités ? Inefficacité à émanciper l’individu ? Inefficacité à donner une formation solide dans des compétences "de base" ? Soyons cependant réalistes, la nécessité d’une réforme est bien réelle, qu’on le veuille ou non. "There is no alternative" aurait dit feu Margaret Thatcher. Le Pacte, sous cette forme ou sous une autre, est une nécessité pour la pérennité de notre Ecole devrait selon moi convertir des deniers publics, si rares et précieux, en un projet de société viable.

Pendant que les uns et les autres s’écharpent sur le contenu du Pacte, parfois même sur de simples rumeurs ou malentendus comme la supposée suppression du redoublement sans mesures compensatoires, la discussion demeure mystérieusement muette à propos de l’accompagnement quand le Pacte sera effectivement implémenté.

Quand on regarde le processus en cours, on ne peut nier que beaucoup d’enseignants semblent ne pas percevoir le côté participatif du Pacte. À tort ou à raison ? Peu importe. Ce qui importe, c’est le constat que posent certains et ce que l’on en fera. Il est en effet impérieux de s’assurer l’adhésion des nombreux détracteurs une fois que la réforme sera d’application. On a failli les perdre en chemin, essayons de retenir la leçon en mettant en place un accompagnement de tous les instants. A côtés des mécontents, il y a aussi une multitude de personnes qui sont pour le Pacte. Pourquoi ne pas leur donner un rôle plus visible ? L’accompagnement par les pairs pourrait sauver le Pacte.

1 Ce qui signifie : « Beaucoup de bruit pour rien ».