Opinions
Une opinion de Calixte des Lauriers, doctorante en études latines.


La fête de Pâques, loin de supprimer la mort de l’horizon, nous montre qu’elle n’est pas une fin, mais l’espérance d’une vie nouvelle.

A l’heure où l’on nous fait miroiter l’illusion d’un homme augmenté, invincible, totalement maître de sa vie et de sa mort, mais aussi à l’heure où tant de personnes innocentes perdent la vie dans des attaques inqualifiables, qu’est-ce que la fête de Pâques peut nous apprendre ?

Plus qu’une simple fête commerciale, Pâques est le moment où le peuple chrétien célèbre la Résurrection de Jésus. Un homme mort sur une croix il y a 2000 ans, ressuscité trois jours après. Les preuves archéologiques et historiques permettant de prouver l’existence de Jésus de Nazareth ne manquent pas, n’en déplaise à Michel Onfray. Citons seulement ici le récit des Evangiles, ou encore certains écrits de Tacite et Flavius Josèphe. Toutefois, il semble impossible de prouver qu’il est ressuscité et c’est ici que le saut de la foi est nécessaire. Jésus est-il simplement un sophiste à la parole révolutionnaire, où est-ce Dieu fait homme ? Ainsi, s’il est ressuscité, c’est que Jésus est vraiment Dieu car seul Dieu peut vaincre la mort. Saint Paul le proclame : "Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine." C’est pourquoi, pour nous chrétiens, cette fête est la célébration la plus importante de l’année, avant même Noël.

Le mal n’aura jamais le dernier mot

La relecture du récit de la Passion et de la Résurrection fait apparaître de manière évidente un mystère profondément actuel : alors que le Christ est innocent, il est condamné à mourir sur une croix, sort réservé par le pouvoir romain aux esclaves, aux traîtres et aux séditieux. On se souvient alors de toutes les victimes des guerres, du terrorisme, des catastrophes naturelles et écologiques, de tout ce sang innocent répandu de manière injuste, et de tout ce mal commis. Face à ces abominations, le désespoir et la résignation semblent parfois s’imposer. Le chrétien cependant, vient puiser son espérance dans la foi en la Résurrection du Christ : au matin de Pâques, le Christ a vaincu la mort, il est ressuscité.

Regarder ceux qui souffrent

Si la résurrection de Jésus nous apporte la certitude que le mal n’aura jamais le dernier mot, notre vie n’est pas exempte de souffrances pour autant, "Jésus ne supprime pas le mal d’un coup de baguette magique" (1). Nos pensées vont vers nos frères coptes, massacrés pour leur foi lors des célébrations du dimanche des Rameaux, rejoignant ainsi le sort des 215 millions des chrétiens persécutés dans le monde (2). A ces persécutions, le Christ, ayant lui-même connu les souffrances d’une mort injuste et violente, répond en montrant son corps transfiguré au matin de Pâques; ce corps qui - loin d’être passé entre les mains d’une chirurgie plastique voulant nous faire croire à la possibilité d’un homme parfait mais aussi sans histoire - continue de porter les marques de sa passion.

Ainsi, Pâques est pour nous une double invitation : invitation à regarder ceux qui souffrent, à venir panser leurs plaies - comme Thomas, touchant les plaies du Christ, mais aussi comme Jésus lui-même, qui vient porter secours aux opprimés durant toute sa vie; mais surtout, invitation à la compassion, ne laissant pas le dernier mot au mal et à la souffrance mais privilégiant la joie et le réconfort. Le pape François explique ainsi que le Christ ressuscité "nous donne son regard de tendresse et de compassion envers les affamés et les assoiffés, les étrangers et les prisonniers, les marginaux et les exclus, les victimes des abus et de la violence".

A contre-courant

Alors que chaque jour de nombreuses personnes meurent seules en Belgique, nous devons saisir la fête de Pâques comme l’occasion de remettre les faibles et les souffrants au cœur de notre société. A contre-courant de l’individualisme croissant et s’élevant contre celui qui, incapable de regarder la souffrance, la relègue dans des espaces cachés, le chrétien est persuadé que la grandeur d’une société se mesure à l’attention qu’elle porte aux plus faibles.

Formidables exemples

Pour vivre de cette joie de Pâques, l’Eglise de Belgique nous donne de formidables exemples à travers les nombreux missionnaires qu’elle a donnés au monde. La foi en la Résurrection du Christ les a poussés à partir annoncer cette folle espérance. Il y a un peu plus d’un siècle, le père Damien se faisait ainsi le témoin de l’amour de Jésus en acceptant de soigner les lépreux de l’île de Molokai. Contractant lui-même la lèpre, il deviendra ainsi "martyr de la charité". Plus proche de nous encore, sœur Emmanuelle choisira de suivre le Christ en allant vivre auprès des chiffonniers du Caire. Ainsi, elle rendra à de nombreuses personnes leur dignité grâce à la construction d’écoles, de logements, de dispensaires, mais surtout en répandant la joie autour d’elle, cette joie toute particulière : celle qui émane de la foi en la résurrection du Christ.

Loin d’un idéal dépassé, ce message d’espérance ne cesse de rassembler. Ainsi, encore cette année, de nombreux chrétiens se feront baptiser dans nos églises la nuit de Pâques : 229 adultes en Belgique, nombre en constante augmentation (158 en 2008) (3). La résurrection est le fondement de notre espérance, "qui n’est pas un simple optimisme, ni une attitude psychologique" (4), mais la certitude de la victoire de l’amour sur le mal. C’est de cette joie que nous, jeunes chrétiens, nous voulons témoigner.

(1) https ://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2016/documents/papa-francesco_20160326_omelia-veglia-pasquale.html
(2) http://premium.lefigaro.fr/international/2017/01/11/01003-20170111ARTFIG00016-215-millions-de-chretiens-sont-opprimes-dans-le-monde.php
(3) www.dhnet.be/actu/societe/ces-adultes-qui-se-font-baptiser-a-paques-58d7f28fcd702eb4bbaba6f9
(4) https ://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2016/documents/papa-francesco_20160326_omelia-veglia-pasquale.html