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Lacan avait coutume de dire qu’il ne pouvait rien contre la bêtise mais qu’il pouvait juste remédier, le cas échéant, à l’ignorance. Reste à définir de quelle catégorie mentale relève la confusion des dates. Nous, personnellement, avons toujours confondu - hormis deux dents cassées - la galette des rois et les crêpes de la chandeleur. Est-ce là de l’incompétence ou de l’imbécillité ? Ou, plus communément, de la dyslexie. Ou de la dyscalculie ? Puisque nous avons toujours éprouvé, par ailleurs, beaucoup de peine à compter les quarante jours du carême. Quarante jours, savez-vous, c’est long. Surtout vers la fin.

A ce sujet, qui peut paraître à première vue anodin mais qu’on se détrompe, il est toujours bon de tendre l’oreille. Il n’est pas un vain mot de dire qu’on en apprend tous les jours. Il se trouvait, lundi dernier, que nous étions dans une petite épicerie express. Quand, soudain, une jeune dame - blonde, mais vraiment très blonde - s’offusqua de constater que le magasin serait fermé le jeudi de l’Assomption. Le piquant de l’histoire n’est pas qu’elle proféra cette sotte anticipation sans sourciller, mais plutôt que personne autour de nous ne parut broncher. L’Ascension ou l’Assomption ? Eh bien, en définitive, c’est vrai, il n’y a pas mort d’homme. C’est bon pour une fois.

L’ennui, tout de même, c’est que nous fûmes alors un peu désemparé. Métaphysiquement déstabilisé. Comme perdu au milieu de notre carte du monde. Se pouvait-il encore que l’Assomption soit suivie, trois jours plus tard, par la fête des mères ? Parce qu’alors quoi, et le muguet là-dedans ? Et puis, si ça tombe, le vendredi de la Pentecôte changera de date. Qui croire, désormais, à qui se fier ? André Gide avait beau dire qu’"il faut toujours suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant […] la côte", ce bel aphorisme nous sera de peu de secours en l’occurrence.

Y en a marre, à la fin, de toutes ces fêtes au printemps. Y en a qui bossent ici ! Qu’on cesse un peu de casser le rythme à tout bout de champ. On nous dit que les Japonais ont une semaine de congé chaque année, et que la plupart du temps ils en font don gracieusement à leurs patrons. Dans nos pays, la morale se perd, les mentalités avec, et le respect des traditions aussi. Que reste-t-il de l’esprit de notre temps ? Vous croyez que c’est gai, pour les (pré) pensionnés, de passer d’un jour férié à l’autre ?

Nous, en tout cas, on est paumé. Certes, ce mercredi, sauf erreur d’éphémérides, c’est la Saint-Pacôme. Entre parenthèses, cela nous fait une belle jambe. Vous avez un vague cousin, vous, qui s’appelle Pacôme ? Ce n’est pas une marque de parfum, ça ? Un coup monté, de nouveau, du groupe LVMH de Bernard Arnault. Saint-Bernard, tu parles…

Pourtant, tout n’est pas à jeter dans l’Almanach. Voyez le dicton de ce mardi : "Au mois de mai, il faudrait qu’il ne plût jamais. "Plus jamais, entendez-vous ? C’est assez bien vu, ça. C’est un esprit positif, comme on l’aime. Constructif. L’esprit même qui devrait animer nos peuples. Ces peuples occidentaux qui se renient à force de consommer tant d’antioxydants. Cela finit toujours par laisser des traces, ces machins-là.

D’accord mais, peu à peu, nous nous éloignons du sujet. Sus aux fêtes, disions-nous donc. Quand ce n’est pas la Sainte-Barbe, c’est la Saint-Eloi. Quand ce n’est pas la danse de Saint-Guy, c’est la Tentation de Saint-Antoine. Pas un jour de répit. Pas un jour de repos. Nous, à la longue, on est las et fatigué. Voyez, dans quelques jours : les saints de glace ! Il ne manquait plus qu’eux. Si ça tombe, il neigera.

Le temps s’écoule sous les ponts, et nous n’avons même pas eu l’occasion de préciser en quoi différaient, assez fondamentalement il faut en convenir, l’Ascension et l’Assomption. Enfin, heureusement, la saison des fêtes (si l’on ose dire, parce que c’est déjà bientôt la Toussaint) touche à sa fin. Il reste à franchir les soldes, et l’on y sera presque arrivé. Tiens, à propos, quand tombe la Noël cette année ? Nous tout ce qu’on connaît, et on le doit à l’amour, c’est la Saint-Glinglin. Quelque part entre Pâques et la Trinité.