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Lettre ouverte à Monsieur le Ministre Nollet

Cher Monsieur le Ministre,

Par la présente, je voudrais vous présenter mes plus plates excuses.

En effet, il y a un peu moins de 2 ans, lorsque j'ai pris la décision d'installer des panneaux photovoltaïques, je ne l'ai pas fait pour satisfaire ma fibre écologique.

Oh, ce n'est pas que l'écologie ne me préoccupe pas, non ! Les gaz à effet de serre, le réchauffement climatique, la surconsommation, les pollutions diverses et variées... tout cela ne me laisse pas de marbre.

Mais cette décision-là, je ne l'ai pas prise par rapport à cette cause vertueuse qu'est l'écologie. Non, je l'ai prise pour ces dizaines de milliers d'euros que m'auraient rapportés ces fameux certificats verts.

J'ai été honteusement attiré par l'aspect financier dit "win-win" que vous et votre prédécesseur avez distraitement laissé transparaître derrière votre juste cause.

Alors je m'en veux Monsieur le Ministre. Je m'en veux d'avoir fait ce que vous appelez (avec un sentiment de rejet tout à votre honneur) un "placement spéculatif".

Je m'en veux d'avoir trahi votre confiance et d'avoir jeter, de par mon comportement, l'opprobre sur les milliers de particuliers qui ont installé leurs panneaux avec un total désintéressement. Je suis d'ailleurs certain que nombre d'entre eux oublient de réclamer leurs certificats verts à la CWAPE tant leur préoccupation est éloignée de tout cet aspect financier.

Le pire dans tout ça est que dans mon for intérieur, je savais que je ne méritais pas tout cet argent.

Tout cet argent ne m'était autorisé que par mon aisance financière alors que d'autres ont du mal à payer leurs factures énergétiques à la fin du mois.

Tout cet argent, je ne pouvais le gagner que grâce à ma villa 4 façades horriblement énergivore alors que les propriétaires ou locataires d'appartements, studios ou maisons 2 façades à petite surface de toit ne pourraient jamais en voir la couleur. Je ne vais pas apprendre à l'écolo que vous êtes que leur habitation est pourtant bien plus écologique que la mienne.

Mais tout cet argent, Monsieur le Ministre, tout cet argent m'a aveuglé. J'ai pensé à court terme, à tout ce que je pourrais en faire, plutôt que de penser à l'avenir de la planète.

Un preuve de mon cynisme ? La grand-mère maternelle de ma fille vit sur une île menacée par la montée des eaux et, plutôt que de penser à cette menace, j'ai pensé aux nombreux billets d'avion que j'aurais pu lui offrir pour aller lui rendre visite. Quel égoïsme n'est-ce pas ? Penser à sa misérable petite famille plutôt qu'à l'avenir de la planète.

Enfin, tout ça, c'est du passé ! Grâce à vous, Monsieur le Ministre, je ne verrai pas la couleur de cet argent que je ne mérite pas et soyez en félicité.

Félicité de votre efficacité bien sûr ! Cela fait à peine 4 ans que vous êtes Ministre du Développement durable et, d'avoir démasqué les spéculateurs de mon espèce en si peu de temps est un véritable exploit ! Quelques années seulement pour remettre en question un système mis à mal par l'intéressement néfaste de quelques uns ! Vous méritez tous nos applaudissements !

Mais vous êtes un écolo, Monsieur le Ministre, et donc, par définition, une personne intègre. Je devine, derrière l'aplomb qui vous caractérise, le doute qui s'installe. Devriez-vous démissionner face à ce que vous considérez (ce que vous êtes dur avec vous-même) comme un fiasco monumental.

Sachez en tout cas, que si tel était le cas, je renoncerais sans hésiter à mon droit le plus élémentaire de réclamer en justice cet argent que je ne mérite pas.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments les plus respectueux.

Grégory Dony, un internaute de LaLibre.be