Opinions
Une chronique de Jérôme Cauchies, pédopsychiatre.


En cette période de vacances estivales, de nombreux enfants partagent leur temps et leurs activités entre leurs parents séparés. Pour le meilleur ou pour le pire.


La séparation des parents, même si elle peut être bien vécue dans un certain nombre de cas, peut engendrer une souffrance non dite et pas toujours reconnue par la société qui depuis longtemps déjà l’a intégrée comme un grand classique du parcours des premières années de vie. Le conflit parental qui peut couver est très souvent l’origine des difficultés que peut rencontrer l’enfant. La haine entre les parents se transforme alors en tsunami. L’enfant devient transparent.

Ce qui complique la vie des enfants de parents séparés c’est ce sentiment parfois diffus et difficilement identifiable de ne jamais être au bon endroit, au bon moment. Tout dépendra donc de la capacité des parents à faire ressentir à leur enfant d’une part qu’il n’est pour rien dans la séparation et d’autre part que l’amour qu’on ressent pour lui est inaltérable. L’enfant a besoin de se sentir investi et respecté dans son enfance. Il ne s’agit pas de laisser s’installer une parentification qui verrait celui qui doit être protégé être amené à protéger. En effet il arrive souvent que le chaos engendré par la séparation fragilise le parent qui peut se laisser tenter par un abandon, même provisoire, de son rôle parental protecteur. L’enfant devient alors un confident, un allié, un ami et perd ipso facto son statut d’être humain en formation. L’élève quitte l’école prématurément.

S’il est bien une chose à laquelle l’enfant va être sensible c’est le respect que ses parents continueront à se témoigner ou pas. Chaque critique, chaque reproche, chaque accusation proférés à l’encontre de l’autre parent est une flèche en plein cœur de l’enfant et ce, même si cela semble justifié. Il faut pouvoir admettre que la vérité d’un adulte ne peut pas être transmise à l’enfant sans précaution. Par exemple dans le cas où une maman a été violentée par le père dans les premiers mois de vie de l’enfant suivis d’un abandon paternel secondaire, que faut-il expliquer ? Comme dirait Françoise Dolto : "Il faut toujours dire la vérité à un enfant car l’enfant a toujours l’intuition de son histoire." Mais comment dire la vérité quand elle est si lourde ? La vérité doit toujours être accompagnée d’une autre vérité. Cette autre vérité c’est une promesse. La promesse que plus rien de tel n’arrivera, que l’amour qu’on a pour lui est infini, et que cet infini l’a protégé des turpitudes de la vie. Autrement dit : "Je vais te dire la vérité sur ce que nous avons vécu ensemble. Mais avant tout il faut que tu saches que je t’aime plus que tout et que plus personne ne nous fera du mal."

C’est vrai : nous vivons dans une époque où les liens entre les êtres humains n’ont jamais été aussi fragiles. Tout enfant naissant aujourd’hui a de grandes chances de connaître, plus ou moins rapidement, cette situation de parents séparés qui n’est plus singulière. Il faudrait toujours garder en tête qu’un enfant pour bien grandir a besoin de stabilité, de régularité, d’équilibre. Il ne s’agit pas dans mon propos de culpabiliser qui que ce soit. Si séparation il y a, c’est qu’elle était inévitable et ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’un couple se sépare. Pour autant, il faut insister sur les conséquences directes ou indirectes que cela peut avoir pour l’enfant. La seule façon de les limiter c’est d’en prendre conscience et ensuite de toujours mettre l’enfant au centre des préoccupations, quitte à mettre de côté le conflit. Car contrairement à ce qui est parfois perçu, notre société est bien plus compréhensive par rapport aux besoins et aux droits des adultes. Et l’enfant doit trop souvent s’y adapter.

En conclusion, je voudrais vous laisser réfléchir sur cette autre citation de Françoise Dolto : "En naissant, un enfant transforme deux adultes en parents. On peut dire ainsi que c’est l’enfant qui fait les parents."