Opinions

A la faveur d'une émission de télévision et d'une pièce de théâtre, tout le monde s’agite autour de l’accord du participe passé. Même si cette question n'a rien de bien neuf, elle passionne à chaque fois.

Une opinion de Paul Bienbon, retraité de l'enseignement.


Il y a 28 ans, j’écrivais déjà dans l’indifférence générale une chronique intitulée "Vous avez dit simpligraphie?" J’y recommandais que l’écriture de la langue française devrait être aussi facile que le fait de parler cette langue française. Que le temps perdu à étudier des règles qui ne servent objectivement à rien pourrait -et devrait- être consacré à des choses qui en valent davantage la peine. Que nous francophones aurions tout à gagner à ce que notre langue française soit facile à apprendre pour des gens parlant d’autres langues. Mais il ne sert à rien d’avoir raison trop tôt.

Ce que j’aime moins par contre c’est quand on dénigre les vertus de l’orthographe. Je suis 100% d’accord de simplifier l’orthographe, mais gardons l’exigence de rigueur des règles que l’on conserve.

Car ce que ne veulent pas voir ceux qui refusent que l’on attache de l’importance à l’orthographe, c’est que l’orthographe est un excellent indicateur de manière générale pour savoir si l’interlocuteur a le sens de la rigueur. Or cette qualité-là est capitale dans nombre de professions. Certes on connaît tous une exception. Un proche, un ami qui n’a pas une bonne orthographe, mais qui a un beau diplôme. Eh bien oui, il y a des exceptions, et le fait qu’il a ce beau diplôme prouve qu’il a vraisemblablement de la rigueur. Tant mieux pour lui. Mais il n’empêche, que dans une très grande proportion des cas, celui qui n’a pas de rigueur dans l’orthographe, n’en a pas non plus pour le reste. Et quand on engage quelqu’un, on peut avoir l’envie légitime d’engager quelqu’un pourvu de cette qualité!

Et le fait que quasi plus personne n’a d’orthographe aujourd’hui est simplement signe, que de manière générale, on n’arrive plus à imposer la rigueur dans l’effort intellectuel. Ni en orthographe ni ailleurs. Et c’est bien ce qui est dommage.

Mon regret aujourd’hui, si on doit tolérer l’invariabilité du participe passé, c’est qu’on va le faire pour de mauvaises raisons. Il faut le faire dans l’intérêt de la langue française et pour libérer du temps pour apprendre d’autres choses plus intéressantes, mais on va le faire pour ne plus faire de discrimination entre ceux qui ont une mauvaise orthographe et ceux qui en ont une bonne.

Cela dit, faisons-le, dépénalisons la faute de participe passé, tout en laissant le droit à ceux qui savent encore comment on écrivait jadis à écrire comme ils ont toujours écrit.

Après tout dans son bon usage de 1228 pages (éd. 1969) dont 30 consacrées rien qu’aux participes passés, Maurice Grevisse, le maitre absolu en orthographe s’il y en a un, écrivait en tout petits caractères la sentence suivante :

"Observons en terminant que cette règle d’accord du participe passé conjugué avec avoir est artificielle. Comme l’a fait remarquer Brunot, la vraie règle eût dû être de laisser le participe invariable (auxiliaire avoir) ou de l’accorder avec le sujet du verbe (auxiliaire être)." C’est peut-être un acte manqué de Grevisse d’avoir écrit cet avis en tout petits caractères et non en gras en début de texte en en faisant la règle de base…